Schiappa réclame à TikTok des mesures drastiques après #Balancetontiktokeur

Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes, a reçu les dirigeants de TikTok France le 29 juin 2020. (Photo: AFP)

POLITIQUE - C’est un bras de fer qui se joue dans les coulisses de deux instances parmi les plus verrouillées en termes de communication: le ministère de l’Égalité entre les femmes et les hommes et la plateforme TikTok, réseau social très prisé des 13-26 ans et récemment sous le coup d’une vague de protestations sur Twitter avec le mot-clé #Balancetontiktokeur

Le 17 juin dernier, des milliers de tweets comprenant plusieurs témoignages de situations de harcèlements, chantage, emprise ou demande de photos dénudées alertent la secrétaire d’État. “J’ai vu que TikTok ne réagissait pas, je me suis dit ‘il faut les voir et les secouer’”, raconte Marlène Schiappa au HuffPost. Rendez-vous est donc pris au secrétariat d’État après quelques tergiversations de la part de TikTok qui propose d’abord, selon nos informations, une rencontre en visioconférence et en anglais. Refus de la ministre qui entend bien leur parler en français et les inciter à faire de ce réseau une plateforme sûre pour les millions d’utilisateurs en France, dont beaucoup sont de très jeunes adolescents.

“Ils n’ont rien fait après #BalancetonTikTokeur”

Lors de cette rencontre le 29 juin, à laquelle nous n’avons pas pu assister après le refus du réseau social, Marlène Schiappa a tenté de mettre la pression sur les dirigeants de TikTok France. “Je leur ai demandé ce qu’ils ont fait face à ces milliers de témoignages: ils n’ont rien fait. Je leur demande de bannir les personnes mises en causes de manière préventive, comme l’a fait Twitch, (plateforme de streaming mise en cause pour du harcèlement avant de réagir, NDLR) et de mettre les victimes en contact avec la justice ou des associations”.

Comme le montrent les témoignages accablants recueillis par Le HuffPost, les personnes mises en causes sur TikTok sont souvent des personnalités influentes du réseau, suivies par des milliers voire centaines de milliers d’abonnées et “certifiées” par le réseau social. Les situations de harcèlement arrivent en général sur d’autres plateformes où les utilisateurs échangent. Une façon pour TikTok de ne pas réagir. “Si sur notre plateforme un utilisateur enfreint les règles, il sera suspendu, mais sur une autre messagerie, non”, répond-on au HuffPost chez TikTok France.

“Les parents ne sont pas au courant”

Autre recommandation de la ministre: former les utilisateurs qui obtiennent très jeunes un grand nombre d’abonnés sans savoir forcément gérer cette soudaine notoriété. Le suicide inexpliqué -une enquête est ouverte- d’une tiktokeuse indienne de 16 ans aux 2 millions d’abonnés a récemment interpellé Marlène Schiappa. “Je souhaite qu’ils puissent former ces jeunes qui deviennent d’un coup des stars sans que parfois leurs parents soient au courant. Quand un adolescent a 500.000 personnes qui le suivent, c’est de la responsabilité de TikTok de les accompagner et de leur dire ce qu’ils ont le droit de faire et de ne pas faire et aux femmes ce qu’elles n’ont pas à subir. Nous sommes prêts à les mettre en contact avec des associations spécialisées”, ajoute la ministre qui leur a proposé également de faire un lien direct de leur plateforme vers le site arretonslesviolences.gouv.fr qui permet de porter plainte 24h/24 de manière anonyme.

Marlène Schiappa tient à alerter les parents qui sont nombreux à ne pas bien connaître ce réseau social sur lequel se rendent leurs enfants. “Il y a des paramètres qui sont en place, mais ils ne sont pas assez connus. Je veux qu’ils communiquent auprès des utilisateurs et des parents pour que je puisse moi-même lancer un appel aux parents et leur dire: “Abordez la question de TikTok avec vos enfants”, se préoccupe la secrétaire d’État. TikTok a effet mis en place en guide et assure déjà “sensibiliser énormément”. 

Dialogue de sourds

La ministre attend aussi des garanties sur l’accès aux moins de 13 ans, officiellement interdit, mais régulièrement enfreint. “Ils ne demandent pas de carte d’identité, c’est une case à cocher”, déplore celle qui souhaite également des réponses sur les données personnelles après la condamnation de l’entreprise aux États-Unis en 2019 pour collecte illégale de données de mineurs. “TikTok n’a pas accès aux données personnelles des utilisateurs”, répond simplement l’entreprise française dans un dilettantisme de plus en plus affiché. 

Marlène Schiappa qui espère bien être confortée dans ses fonctions, voire promue avec un ministère plus large, compte sur sa voix pour interpeller les parents. “Le jour où les parents se mettent en groupe, regardent ce qui se passe et déposent des plaintes, ça va être très compliqué pour TikTok du point de vue juridique. Ils sont conscients de leur responsabilité”, veut croire la secrétaire d’État. “Je ne saurai pas vous répondre sur ce point”, balaie TikTok France, confirmant une forme de dialogue de sourds entre les deux parties.

“Toutes les fonctionnalités sont là pour garantir un environnement sécurisé”, résume-t-on simplement au sein de l’entreprise après ce rendez-vous sans confirmer la tenue d’une prochaine rencontre en août au ministère à laquelle Marlène Schiappa est très attachée. “La question pour eux en tant qu’entreprise c’est: ‘est-ce qu’ils sont un espace sécurisé?’ Pour y arriver, il faut prendre ces mesures. Aujourd’hui, c’est la jungle. Ne rien faire, ce n’est pas possible”.

 

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.