Scandale de corruption 1MDB: la Malaisie à la recherche des responsables

Ce mardi 28 juillet, l’ancien Premier ministre malaisien Najib Razak a été jugé coupable de corruption, blanchiment et abus de pouvoir dans le cadre de l’immense affaire de corruption 1MDB, nommée d’après ce fond national d’investissement créé en 2009, et que les Malaisiens avaient découverts vidés de 4,5 Milliards de dollars. Retour sur cette affaire qui égrène les superlatifs.

C’est sous les prières de ses supporters que Najib Razak est arrivé au tribunal de Kuala Lumpur ce mardi. Autour de son cou, sa cravate rouge et bleue était assortie aux t-shirts et voiles des centaines de militants politiques qui l’entouraient. Deux couleurs primaires qui rappellent la famille politique de l’ex-Premier ministre, également ancien chef de l’UMNO, le parti de l'ethnie malaise majoritaire, et de l’alliance Barisan Nasional jusqu’en 2018. Une année historique pour la Malaisie puisque pour la première fois depuis son indépendance, ces mouvements politiques entachés par la corruption et fatalement liés à un Najib Razak qui incarnait alors sa version la plus décomplexée avaient perdu pour la première fois des élections législatives.

Mais deux ans plus tard, au terme d’une enquête judiciaire qui aura duré seize mois, Najib Razak a su reprendre des forces et s’est avancé jusqu’à son verdict avec une certaine nonchalance, discutant jusqu’au dernier moment avec des confrères de son bord politique sur un banc du palais de justice. Car depuis son départ du pouvoir, constate Awang Azman, analyste politique de la Malaya Universiti, « Najib Razak a su se réinventer en homme du peuple. À travers tous ses postes sur les réseaux sociaux, il a essayé de donner l’image d’un homme innocent, piégé. »

Une entreprise qui pourrait sembler impossible avec 42 chefs d’accusations contre lui, le souvenir bien ancré dans les mémoires malaisiennes de sa tentative de départ vers l’Indonésie en 2018, mais surtout les images des biens saisis par les autorités dans une des propriétés qu’il partageait avec sa femme : 500 sacs à mains, 12 000 bijoux et un nombre impressionnant de paires de chaussures à rendre jalouse Imelda Marcos, l'épouse de l'ancien dictateur philippin.

Nostalgie de l'ère Najib

Mais à l’image de Rosmah, qui a fait plus de 400 kilomètres pour venir supporter Najib, qu’elle appelle « le Boss », certains Malaisiens paraissaient sensibles aux efforts de communication de l'ancien Premier ministre. « Je viens du Terengganu, raconte-t-elle sous son masque. Je suis arrivée en bus hier soir. Je suis ici car j’aime vraiment beaucoup le Boss. Aucun dirigeant malaisien ne pourra être comme lui. C’est quelqu’un de très honnête, de très gentil, de très… tout ce que vous voulez », s’enflamme la jeune femme.

Si certains Malaisiens continuent donc d’apprécier la personne même de Najib Razak, d’autres, constate Azmil Tayeb, chercheur en sciences politiques à l’Universiti Sains Malaysia, peuvent le regretter pour des raisons bien plus triviales. « Le gouvernement qui a succédé à Najib Razak a dû mettre en place une politique d’austérité, en coupant dans les subventions, les bourses, souligne le chercheur. Et beaucoup de classes sociales inférieures, les pêcheurs, les travailleurs des plantations par exemple, éprouvent ainsi une certaine nostalgie de l’ère Najib. »

« La doute a pu s'installer »

La lenteur des procédures judiciaires à son encontre a également pu permettre à l’ancien Premier ministre de jouer la montre, et de semer le doute dans les esprits. « Lors de la dernière élection, les révélations concernant 1MDB venaient de sortir. Alors la culpabilité de Najib était devenue une certitude. Des biens étaient saisis, le FBI lançait une enquête. Mais au fur et à mesure que la procédure avançait, que le procès débutait, les gens ont pu commencer à se demander pourquoi cela prend si longtemps si on a toutes ces preuves, et le doute a pu s’installer », analyse Azmil Tayeb.

Étirant parfois le temps de la justice déjà long en demandant des reports d’audience, ces derniers mois, c’est toujours en ne pressant pas son pas, que Najib Razak est entré dans le tribunal ce mardi. Il en sortira en fin de journée coupable des sept chefs d’accusation de corruption, blanchiment et abus de pouvoir étudiés lors ce premier procès consacré aux 10 millions de dollars versés directement sur son compte en banque.

Un député populaire

La défense candide de l’ancien chef du gouvernement n’a donc pas convaincu la justice, qui ne l’a pas cru quand il assurait penser sincèrement que les millions versés sur son compte étaient une donation de la royauté saoudienne, que sa signature avait dû être falsifiée, ou bien encore qu'il avait été piégé de bout en bout par Jho Low, l'homme d'affaire et ami de son beau-fils à l'initiative du fond d'investissement 1MDB et à ce jour toujours recherché par la Malaisie. Le juge a également souligné que Najib Razak n’avait pas rendu l’argent lorsque le détournement avait été rendu public.

Mais l’homme de 67 ans n’a certainement pas dit son dernier mot. Il a déclaré vouloir faire appel de cette première condamnation à douze ans de prison et 42 millions d’euros d’amende et pourra rester libre en attendant la deuxième procédure. D’autre procès l’attendent également avec 35 autres chefs d’accusation et des versements suspects d’un montant encore plus conséquent. Enfin, si ses semaines à venir continueront donc d’être bien occupées par ces procédures judiciaires, Najib reste encore à côté de cela député du Parlement malaisien et connaît toujours une grande popularité. Son compte Facebook est ainsi bien plus suivi que ceux de ses deux successeurs. Et à l’extérieur du tribunal, ses supporters groupés retenaient leur souffle pendant le verdict de l’ancien Premier ministre, malgré les hauts parleurs de la police incitant à la distanciation sociale.

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