Un scénariste de la série "En Thérapie" révèle les conflits qui l'ont opposé à la production

Jérôme Lachasse
·3 min de lecture
La série
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Présentée comme la première série d'Eric Toledano et Olivier Nakache, le duo gagnant d'Intouchables et du Sens de la fête, En thérapie a été écrite par cinq scénaristes (David Elkaïm, Vincent Poymiro, Pauline Guéna, Alexandre Manneville et Nacim Mehtar) dont le travail a été moins reconnu que celui de leurs prestigieux collègues. Une situation qu'ils dénoncent et qui les contraint à quitter la série, alors qu'une deuxième saison est déjà en préparation.

Connu pour avoir écrit avec David Elkaïm la série Ainsi soient-ils, le scénariste Vincent Poymiro a ouvertement critiqué la production d'En thérapie dans un message publié sur Facebook. A l'origine de certaines idées marquantes de la série (notamment celle de situer l'intrigue après l'attentat du Bataclan), il estime s'être fait déposséder de son travail.

"La production n'a pas respecté ses promesses"

"En Thérapie est loin d'être notre pire expérience. Si nous avons pris la parole, c'est pour donner un peu d'écho au coup de gueule d'autres scénaristes encore plus maltraités que nous…", explique Vincent Poymiro en préambule d'une interview accordée au Point cette semaine. "Notre post décrivait d'ailleurs moins notre relation avec Éric et Olivier qu'une expérience frustrante avec la production dans son ensemble", précise-t-il, avant d'ajouter:

"Ce sont eux qui sont venus nous chercher pour cette adaptation et nous leur avons en effet apporté beaucoup d'idées. Après avoir lu les 5 premiers épisodes et en avoir été enthousiasmés, Éric et Olivier nous ont laissé toute liberté pour l'écriture des 30 suivants. Or c'est là, quand le projet a été vraiment mis en route, que nous aurions dû être plus vigilants. Nous qui avons tout écrit, et connaissons l'architecture de l'ensemble de la série, nous voulions garder contractuellement une place à la table des discussions jusqu'au bout… La production nous l'a fait miroiter, et n'a pas respecté ses promesses."

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Il espérait obtenir, avec David Elkaïm, un crédit de directeur artistique ou de coproducteur, comme une preuve, ou une récompense, de son implication dans le projet: "Eric et Olivier ont été évidemment déterminants pour le projet, l'idée n'était pas de donner notre avis sur leur mise en scène ou leur casting, de prendre le pouvoir sur eux, simplement de le partager! Notre apport étant quand même essentiel, nous voulions juste qu'il soit crédité comme tel", martèle-t-il.

"Eviter les mauvais choix"

Vincent Poymiro rappelle que le travail d'un scénariste ne consiste pas uniquement à écrire un scénario, mais aussi à accompagner le réalisateur et les comédiens sur un tournage: "Un comédien peut avoir envie de modifier des répliques, mais les scénaristes qui connaissent l'ensemble du texte savent que telle phrase peut-être modifiée ou que telle autre doit être maintenue, parce qu'elle va résonner dans l'un des épisodes suivants, par exemple… Sur le plateau, cet accompagnement par les auteurs permet d'éviter les mauvais choix."

Vincent Poymiro et David Elkaïm, ainsi que les autres scénaristes de la première saison, ne participeront pas à l'écriture de la suite. "La production n'a pas accepté nos exigences, toujours les mêmes: faire partie du projet jusqu'au bout et être crédités comme tels pour ce travail. Alors, même si cela n'a pas été une décision facile, nous avons refusé", confie Vincent Poymiro. Il se refuse malgré tout d'accabler de reproches Eric Toledano et Olivier Nakache, qui ont pourtant peu cité son travail lors de la promotion d'En Thérapie:

"Je crois qu'ils n'ont simplement pas été encouragés à parler collectif", conclut Vincent Poymiro. "Ils sont eux aussi les otages d'un système où beaucoup d'argent est en jeu et dans lequel producteurs et diffuseurs ne mettent en avant que les personnalités connues. Mais, au fond, ce n'est pas ce que voulaient Éric et Olivier. D'ailleurs, dès qu'ils ont compris notre agacement, ils en ont très vite tenu compte et ont changé de discours."

Article original publié sur BFMTV.com