Sauver les Français musulmans

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Cet édito est à retrouver dans le magazine n°1183 en kiosques cette semaine "Violences urbaines, ça suffit !", disponible en ligne pour 3,49 euros.

Comme l'impression d'un piège immense. Un piège pour nous tous, qui que nous soyons, athées convaincus, agnostiques fatigués de voir la religion s'inviter chaque jour dans nos débats, musulmans inquiets ou révoltés de se voir scrutés sous chaque angle comme des bêtes curieuses ou potentiellement dangereuses. Tous, otages d'une manifestation à la fois microscopique - qu'est-ce que c'est que 10 000, 13 000 personnes ? - et symboliquement majeure, tant elle consacre la prétention de l'islam politique le plus radical à représenter « les musulmans », à se faire leur unique voix. Tous otages, et tous perdants.

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Tous otages, et tous perdants

C'est pourquoi l'essentiel est sans doute de rappeler que nous avons nombre de sujets cruciaux qui devraient être au cœur de nos délibérations collectives, au centre de l'attention des médias, discutés chaque jour sur les plateaux des chaînes d'information continue : la paupérisation des classes moyennes et populaires, l'effondrement de la biodiversité, la précarisation des emplois, la ruine de nos paysans, l'état effarant de nos infrastructures, la désertification de certains territoires, le niveau dramatique de notre école et son incapacité à contredire les déterminismes sociaux, l'effacement des Européens dans le jeu des impérialismes mondiaux, la prédation organisée par quelques grands groupes qui échappent à l'impôt et à la règle commune… Il y aurait là matière à enquêtes, à analyses, à reportages et à débats. Mais non. Nous sommes collectivement sommés de nous prononcer sur « les musulmans », sur leur place dans la société, sur la question de savoir s'ils sont ou non discriminés. Nous sommes sommés, musulmans ou non, de marcher contre l'islamophobie et de nous situer dans une arène où s'affronteraient un « eux » et un « nous ».





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