Saturation des urgences pédiatriques: "la situation ne va pas s'arranger"

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Pas assez de lits face à l'épidémie de bronchiolite?Inquiétude aux urgences pédiatriques (Photo d'illustration par aquaArts studio via Getty Images) (Photo: aquaArts studio via Getty Images)
Pas assez de lits face à l'épidémie de bronchiolite?Inquiétude aux urgences pédiatriques (Photo d'illustration par aquaArts studio via Getty Images) (Photo: aquaArts studio via Getty Images)

SANTÉ - Des “tensions fortes” et une inquiétude grandissante. Les urgences pédiatriques françaises sont en crise, a alerté le collectif Inter-Hôpitaux jeudi 28 octobre, évoquant un manque d’effectif qui rend difficile la prise en charge de tous les enfants.

“Il n’y a pas de tri” dans les services d’urgence pédiatriques, a cependant assuré au Sénat la ministre déléguée à l’Autonomie, Brigitte Bourguignon en réponse à la crainte de certains professionnels. Ce vendredi matin, Gabriel Attal a évoqué des “tensions fortes” à l’hôpital”, qui “ont dû conduire à des transferts”, mais assure lui aussi qu’il n’y a ”évidemment pas de tri”.

Contacté par le HuffPost, le professeur Romain Basmaci, secrétaire général de la Société Française de Pédiatrie, fait le point sur la situation des services d’urgence. Même s’il estime lui aussi que l’on ne peut pas parler de “tri”, l’inquiétude est de mise, car la situation dans les services risque de s’aggraver d’ici peu.

Le pic de la bronchiolite dans trois semaines

Cette crise des services d’urgence a deux facteurs majeurs et le premier est l’épidémie de bronchiolite. Comme chaque année (hors celle de 2020, sous Covid), elle fait son apparition durant l’automne et entraîne son lot de consultations et d’entrées aux urgences pédiatriques. Le hic: cette année elle a frappé plus vite et fort que prévu.

“Actuellement, on a une avance d’environ trois semaines sur l’épidémie de bronchiolite, nous explique le professeur Basmaci. C’est-à-dire que le nombre de cas de bronchiolite que l’on a cette semaine correspond aux chiffres que l’on a en général à la mi-novembre, qui est la période de forte ascension de l’épidémie. Le pic est généralement atteint fin novembre-début décembre. Cela est encore plus important pour le nombre de consultations aux urgences”.

À titre de comparaison, le professeur évoque une augmentation de 20% à 30% de passage en plus aux urgences actuellement par rapport à un hiver avant Covid. “En 2019, à cette période, on recensait 35 cas de bronchiolite par jour. Cette semaine on est à 70. Et là on n’est même pas encore au pic de l’épidémie, donc ça ne va pas s’arranger”, alerte-t-il.

Les masques des adultes tombent, et les enfants tombent malades."Professeur Romain Basmaci, secrétaire général de la Société Française de Pédiatrie.

Cet afflux de cas de bronchiolite peut s’expliquer en partie par le relâchement des gestes barrières, estime celui qui est également chef de service des urgences pédiatriques de l’hôpital Louis Mourier à Colombes (Hauts-de-Seine). “On suppose que le rôle des adultes dans la transmission des virus est plus important que ce que l’on pensait. En 2020 les adultes étaient masqués et faisaient attention à ne pas se contaminer. Les jeunes enfants, qui eux n’avaient pas de masque et étaient en collectivité, n’ont pourtant pas fait circuler la bronchiolite. Cette année, les masques des adultes tombent et les enfants eux tombent malades”, explique-t-il au HuffPost.

Aussi, en 2020 les enfants ont été moins infectés que d’habitude et sont donc moins immunisés, ce qui laisse craindre une épidémie plus forte cette année. Il précise par ailleurs que la bronchiolite n’est pas le seul motif d’entrée aux urgences et que d’autres pathologies (gastro, asthme, fièvres...) doivent être traitées en plus de ce virus.

La difficulté de transférer des bébés

Le manque de lit en service pédiatrie est l’autre facteur majeur de cette crise. “On est très inquiets parce que les services de réanimation pédiatrique sont très souvent pleins, il n’y a pas beaucoup de places”, regrette le secrétaire général de la Société Française de Pédiatrie. Il évoque notamment la fermeture de lits en pédiatrie générale, ceci faute d’infirmières, d’auxiliaires puéricultrice et de pédiatres en nombre suffisant. Plus globalement, environ un lit sur cinq est fermé dans les grands hôpitaux publics, selon une enquête dirigée par Jean-François Delfraissy dévoilée le 27 octobre.

Une fuite des soignants observée bien avant la crise du Covid. ”À l’hiver 2019, l’Île-de-France a subi une grosse crise de bronchiolite et près de 25 enfants ont dû être transférés en réanimation pédiatrique hors région pour être soignés, faute de place”, rappelle le professeur, qui précise que le transfert de patient n’a rien de simple, pour les patients, la famille et les services concernés.

Et encore faut-il que ledit transfert puisse se faire. En cas de saturation totale en Île-de-France, il faut pouvoir envoyer les patients dans les régions à proximité. Mais si les services de ces régions sont eux-mêmes sous tension, l’histoire se complique encore davantage.

Pour cette année, l’angoisse grandit. “On commence à avoir du mal à trouver des lits en réanimation alors que l’on n’est même pas encore au pic de l’épidémie de bronchiolite. Quand cela va arriver, on risque de manquer de place, avertit Romain Basmaci. Pour l’instant on fait face, mais l’avancée de l’épidémie nous fait craindre de ne plus trouver de place plus tard”.

Pour éviter la surcharge des urgences pédiatriques pendant cette épidémie, le mieux est d’éviter de propager le virus. Ainsi les mesures barrières déployées pendant le Covid sont toujours efficaces. Il est aussi conseillé de ne pas s’approcher d’un bébé quand on est malade, d’éviter de sortir trop souvent les nourrissons dans les lieux publics, pour éviter les contaminations. Enfin, de préférence, venir consulter aux urgences seulement en cas de réelles inquiétudes liées à des symptômes alarmants.

Les signes d’alerte de la bronchiolite.

Nous avons récemment consacré un article aux signaux qui doivent alerter les parents.

À voir également sur Le HuffPost: Covid en Guadeloupe: les CHU et les services de réanimation saturés

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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