Sarkozy, Herzog, Azibert: qui sont les protagonistes de l'affaire des "écoutes"?

S. V.
·4 min de lecture
L'avocat Thierry Herzog, l'ancien président Nicolas Sarkozy et le haut fonctionnaire Gilbert Azibert - THOMAS COEX, PHILIPPE LOPEZ, GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
L'avocat Thierry Herzog, l'ancien président Nicolas Sarkozy et le haut fonctionnaire Gilbert Azibert - THOMAS COEX, PHILIPPE LOPEZ, GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog et Gilbert Azibert sont jugés à partir de ce lundi pour corruption et trafic d'influence dans l'affaire dite des "écoutes", également appelée "Bismuth". Cette affaire est le seul accroc dans la carrière d'avocat général de Gilbert Azibert, et Nicolas Sarkozy est devenu avec ce dossier le premier ancien chef d'État français placé en garde à vue. Ami de plus de 30 ans et avocat historique de Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog est lui un grand nom du barreau de Paris.

Comment et pourquoi sont-ils poursuivis dans cette affaire?

· L'ancien président Nicolas Sarkozy

L'affaire trouve son origine dans des conversations téléphoniques interceptées dans le cadre de l'enquête sur des soupçons de financement libyen de sa campagne victorieuse en 2007. Ce placement sur écoute, spectaculaire pour un ex-président, a débuté en septembre 2013.

Les policiers découvrent que Nicolas Sarkozy utilise un téléphone secret, ouvert en janvier 2014 sous l'identité de "Paul Bismuth", pour communiquer avec un unique interlocuteur, son avocat Thierry Herzog. Les deux hommes s'entretiennent notamment d'une procédure devant être examinée le 11 février par la Cour de cassation, que Nicolas Sarkozy a saisie pour faire annuler la saisie de ses agendas présidentiels dans l'affaire Bettencourt.

Un contact de Thierry Herzog au sein de la haute juridiction, "Gilbert", plus tard identifié comme le magistrat Gilbert Azibert, revient dans une dizaine d'échanges sur environ 150 conversations en six semaines. L'ex-président est soupçonné d'avoir promis d'aider Gilbert Azibert à obtenir un poste de prestige à Monaco, en échange d'informations sur la décision à venir de la Cour, par l'intermédiaire de son avocat.

L'ex-chef de l'État s'en est encore défendu vendredi sur BFMTV: "M. Azibert n'a jamais eu un poste à Monaco. Le palais à Monaco a rendu public un communiqué pour dire 'jamais Nicolas Sarkozy n'est intervenu' et tous les magistrats (de la Cour de cassation, NDLR) interrogés ont dit 'jamais M. Azibert n'est intervenu'".

Le délit de corruption peut toutefois être constitué par de simples offres ou promesses.

· Le pénaliste Thierry Herzog

Âgé de 65 ans, Me Herzog a été de tous les combats judiciaires de son ami, le représentant dans le scandale Clearstream - où Nicolas Sarkozy était partie civile. Il est resté son conseil lorsque ce dernier a accédé à la présidence de la République en 2007 et a obtenu un non-lieu en sa faveur dans l'affaire Bettencourt.

Le pénaliste a assis sa réputation en défendant Xavière Tiberi dans le dossier des HLM de la ville de Paris, puis Jean Tiberi dans l'affaire des faux électeurs du Ve arrondissement. Il est aussi un habitué des dossiers de grand banditisme.

Dans l'affaire "Bismuth", il sera jugé, comme l'ex-président, pour "corruption active" et "trafic d'influence actif". Il est également poursuivi pour "violation du secret professionnel", pour avoir transmis au haut magistrat un arrêt dans l'affaire Bettencourt couvert par le secret.

Pendant l'instruction, une pétition avait été lancée par des pénalistes pour dénoncer la décision de mettre sur écoute un avocat et son client. L'un de ses premiers signataires n'était autre qu'Eric Dupond-Moretti, actuel garde des Sceaux et proche de Thierry Herzog.

· L'avocat général Gilbert Azibert

Avocat général dans une chambre civile de la Cour de cassation au moment des faits, Gilbert Azibert est accusé d'avoir voulu influencer l'avocat général en charge du dossier Bettencourt à la chambre criminelle et les conseillers y siégeant, afin qu'ils rendent une décision favorable à Nicolas Sarkozy. Ce dernier devait en échange intervenir auprès des autorités monégasques.

Des accusations balayées par la défense. Thierry Herzog, qu'il connaissait depuis 25 ans, a expliqué lui avoir demandé son avis en tant que spécialiste de la procédure pénale. L'affaire des "écoutes" est le seul accroc dans la carrière de Gilbert Azibert, un homme de réseaux classé à droite qui a fait ses premières armes comme substitut à Marseille en 1976.

Passé par la présidence du tribunal de Nîmes ou la direction de l'Administration pénitentiaire avant d'être nommé à la tête de l'Ecole nationale de la magistrature (ENM), il suscite des remous en y accueillant en 2003 le ministre de l'Intérieur d'alors, Nicolas Sarkozy.

En 2008, après trois ans passés comme procureur général à la cour d'appel de Bordeaux, Gilbert Azibert devient secrétaire général du ministère de la Justice, auprès de Rachida Dati, et est alors considéré par certains comme le "garde des Sceaux bis". Il avait échoué en 2011 à décrocher le poste très convoité de procureur général près la Cour de cassation. Il a pris sa retraite en juillet 2014.

Article original publié sur BFMTV.com