Les "sarkozystes" s'activent à reprendre la main

par Sophie Louet
Nicolas Sarkozy s'active avec les ténors des Républicains pour préparer la bataille des législatives après la défaite de François Fillon au premier tour de l'élection présidentielle mais, selon ses proches, n'entend pas y jouer un rôle actif. /Photo prise le 22 avril 2017/REUTERS/Stéphane Mahé

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy et ses soutiens s'efforcent de reprendre l'ascendant à droite après la débâcle de la présidentielle, au grand dam des "juppéistes", avec l'objectif d'emporter la majorité aux législatives et d'imposer une cohabitation au successeur probable de François Hollande, Emmanuel Macron.

La défaite de François Fillon a ravivé la fracture au sein des Républicains entre l'aile droite du parti, reprise en mains par les "sarkozystes" après l'échec de François Fillon, et son aile modérée, incarnée par Alain Juppé.

Les premières fissures sont apparues lundi soir lors de la réunion du bureau politique de LR sur la conduite à tenir pour le second tour de la présidentielle, qui opposera le 7 mai Emmanuel Macron à Marine Le Pen.

Le bureau a appelé à "faire battre" la candidate du Front national, s'abstenant d'un soutien explicite au chef de file d'En Marche!, favori des sondages.

Preuve que si la consigne est à l'unité jusqu'aux législatives des 11 et 18 juin, des stratégies divergentes s'affrontent déjà.

Il y a ceux qui, comme le "juppéiste" Dominique Bussereau, s'engagent à "aider" Emmanuel Macron dans la campagne d'entre-deux-tours, ou Bruno Le Maire qui a brisé un tabou en n'excluant pas mardi sur BFM TV de "travailler" avec l'ancien ministre de l'Economie de François Hollande "s'il n'y a pas de majorité claire au Parlement".

Des élus "juppéistes" et "lemairistes" réfléchissent de fait à une forme de "pacte" présidentiel avec Emmanuel Macron si ce dernier, en cas d'élection, n'obtenait pas la majorité absolue en juin.

Alain Juppé a écrit lundi sur son blog qu'il attendait du chef de file d'En Marche! "qu'il précise son programme de réformes" et a appelé "tous les Français de bonne volonté à s'engager dans ce nouveau combat".

Le maire de Bordeaux s'est réuni mardi soir dans un café parisien avec ses soutiens. "Ce qui motive profondément Alain Juppé c’est de participer au redressement", a dit à des journalistes la sénatrice Fabienne Keller.

"LES JEUX NE SONT PAS FAITS"

La majorité - pour l'heure - des élus LR, emmenés par les "sarkozystes" à l'exception notable de Christian Estrosi qui paraît tenté par l'aventure Macron, veulent croire en une victoire de la droite et du centre en juin et au scénario d'une cohabitation.

"Je refuse que la seule réponse de ma famille politique soit de se rassembler derrière Emmanuel Macron", déclare Laurent Wauquiez dans un entretien à paraître dans Valeurs actuelles.

"Quand la fumée se dissipera, chacun se rendra compte que Macron, c'est la gauche, et que la seule solution pour empêcher la gauche de gouverner cinq ans de plus, c'est de voter pour la droite et le centre aux élections législatives", ajoute-t-il.

Dans le même hebdomadaire, Jean-François Copé souligne : "Nos candidats sont enracinés, expérimentés. Ils vont faire face à des inconnus choisis par casting dans les coulisses d'En Marche!. J'espère qu'il y aura une prime à la compétence, les jeux ne sont pas faits."

La direction politique de la campagne devrait être confiée à François Baroin, dont Nicolas Sarkozy avait fait son Premier ministre putatif, la direction opérationnelle au "sarkozyste" Christian Jacob, chef de file des députés LR, la direction intérimaire du parti à Laurent Wauquiez, qui ambitionne de reprendre le flambeau de l'ancien chef de l'Etat, a-t-on appris de plusieurs sources LR à l'issue d'une réunion du groupe à l'Assemblée.

François Baroin pourrait être un Premier ministre de cohabitation, ont déclaré plusieurs élus "sarkozystes" au terme d'un petit-déjeuner mardi matin à Paris.

"RÉVISER LE PROJET"

"L'équipe, ce n'est pas tout à fait arrêté, François Baroin sera certainement de ceux-là et nous ferons avec l'UDI. Ce sera ouvert à d'autres, à des personnalités plus jeunes, nouvelles, féminisées des Républicains et de l'UDI", a tenu à préciser Bernard Accoyer, secrétaire général de LR.

"On va essayer de 'remonter' un peu le programme car il y a aussi une dimension programmatique dans la défaite de François Fillon", a dit à Reuters Pierre Lellouche.

Le président du Sénat Gérard Larcher, soutien de François Fillon qui avait pris ses distances avec le candidat après sa mise en examen, a précisé sur RTL que le projet, dont un autre "sarkozyste", Eric Woerth, aura la charge, devrait être plus "attentif à ceux qui depuis longtemps se sentent exclus, exclus pas simplement socialement, exclus du projet pour la France".

Les jeunes et la droite populaire seront pris en compte, une recommandation déjà formulée lundi par Nicolas Sarkozy lors d'un déjeuner avec quelques-uns de ses soutiens.

L'ancien chef de l'Etat devait s'exprimer prochainement pour s'engager en faveur d'un vote Macron, a-t-on confirmé mardi de sources LR. Il pourrait s'agir d'une tribune.

"Nicolas Sarkozy ne fait généralement pas les choses à moitié, parfois ça lui est reproché, donc ne doutez pas, son engagement sera totalement clair", a déclaré sur Europe 1 son lieutenant, Brice Hortefeux.

Il ne jouera pas pour autant un rôle actif dans la campagne des législatives, ont précisé plusieurs élus "sarkozystes".

(Avec Emile Picy et Marine Pennetier, édité par Yves Clarisse)

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