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Salvador: Bukele officiellement réélu, les chefs de gang présumés restent en prison

La Une d'un journal sur la réélection du président Nayib Bukele, le 5 février 2024 à San Salvador (Marvin RECINOS)
La Une d'un journal sur la réélection du président Nayib Bukele, le 5 février 2024 à San Salvador (Marvin RECINOS)

La large réélection dimanche dernier du président Nayib Bukele au Salvador a été officialisée vendredi, le jour même où la justice ordonnait le maintien en détention de chefs de gang après un méga-procès et que l'état d'urgence était prolongé dans ce pays d'Amérique centrale.

Le jeune chef d'Etat de 42 ans, plébiscité pour lutte anti-criminalité, a obtenu plus de 82%  des voix avec un taux de participation de plus de 52%,  a annoncé vendredi la présidente du tribunal électoral Dora Martinez, après le dépouillement de tous les bureaux de vote.

Le candidat du FMLN, héritier de la guérilla marxiste, Manuel Flores, est arrivé en deuxième position avec 6,25 % des voix, a ajouté Mme Martinez. Joel Sanchez, du parti de droite Arena, a quant à lui obtenu 5,44%, selon le décompte final.

La victoire de Nayib Bukele à la présidentielle de 2019 avait mis fin à trois décennies d'alternance au pouvoir du FMLN et de l'Arena, les deux principaux partis en place depuis la fin de la guerre civile en 1992.

Après le décompte final des voix, M. Bukele, plébiscité pour sa guerre contre les gangs, a remercié "le peuple salvadorien" pour son soutien, dans un message sur le réseau social X.

Un peu plus tôt dans la journée, un tribunal avait ordonné le maintien en détention provisoire jusqu'en 2025 de 403 dirigeants du gang de la Mara Salvatrucha (MS-13).

"Les preuves présentées établissent le lien de tous ces dirigeants avec la structure de la MS, c'est pourquoi le tribunal a ordonné que tous restent en détention provisoire jusqu'en 2025", a indiqué le bureau du procureur général sur le réseau social X.

Selon le parquet, ces dirigeants du MS-13 sont "liés" à 37.402 crimes commis entre 2012 et 2022, dont "29.416 homicides aggravés".

La peine minimale encourue "va jusqu'à 95 ans", car "d'abondantes preuves" des crimes dont ils sont accusés ont été présentées à l'audience, a-t-on précisé de même source.

- état d'urgence prolongé jusqu'au 11 mars -

La Cour contre le crime organisé de San Salvador, qui dirigeait cette audience virtuelle pour les détenus répartis dans une douzaine de prisons, a également ordonné la capture de 89 autres responsables de la MS-13 en fuite et qui font l'objet des mêmes poursuites.

Au total, 492 personnes sont concernées par cette affaire. Parmi eux figurent 24 dirigeants de la structure supérieure, 215 dirigeants intermédiaires et 253 responsables en régions.

Vendredi toujours, le parlement salvadorien, où le parti de M. Bukele, Nuevas ideas, détient la majorité, a approuvé vendredi une nouvelle prolongation jusqu'au 11 mars de l'état d'urgence qui autorise arrestations sans mandat et déploiement de l'armée.

C’est sur cet état d’urgence que M. Bukele s’est notamment appuyé pour lancer la "guerre contre les gangs" qui lui a valu sa grande popularité.

Depuis bientôt deux ans, près de 76.000 suspects ont été arrêtés, pour la plupart membres des maras du MS-13 et du Barrio 18. Quelque 7.000 personnes injustement arrêtées ont été libérées.

Les préoccupations relatives à la concentration des pouvoirs et du sort des prisonniers ne semblent pas au premier plan des préoccupations de la plupart des Salvadoriens, qui gardent en eux le douloureux souvenir de la domination des maras, de l'extorsion et de la violence.

Dans ce contexte, la famille d'un ex-ancien conseiller à la sécurité nationale de M. Bukele, mort mercredi à l'hôpital alors qu'il se trouvait en détention pour espionnage, a par ailleurs demandé des explications sur sa mort vendredi, dénonçant le fait que son corps présentait des signes de "torture" présumée.

"Le corps présente de multiples ecchymoses, de multiples preuves qu'il a été torturé d'une manière ou d'une autre", a déclaré Lucrecia Landaverde, avocate de la famille du défunt, Alejandro Muyshondt, aux médias locaux.

La mère de M. Muyshondt a affirmé devant la presse, sans citer de noms, que son fils "a été réduit au silence" et a été victime d'une "humiliation" dans le style de "Klaus Barbie", un agent allemand du régime nazi impliqué dans des crimes contre l'humanité pendant la Seconde Guerre mondiale.

ob-lpa/pz