Salvador : des élections sous tension, le parti du président Nayib Bukele favori

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Le Salvador vote, dimanche, pour renouveler à la fois ses députés et ses maires, des élections sous tension et cruciales pour le jeune président Nayib Bukele, qui vise la majorité absolue à l'Assemblée.

Après une campagne marquée par des violences, les bureaux de vote ont ouvert au Salvador, dimanche 28 février à 7 h locales (13 h GMT), pour accueillir dix heures durant les 5,4 millions d'électeurs inscrits. Le scrutin va se dérouler sous l'œil de quelque 40 000 membres des forces de sécurité et d'observateurs internationaux.

Des résultats provisoires devraient être connus dans la nuit de dimanche à lundi, mais les résultats officiels pourraient prendre jusqu'à quinze jours pour être annoncés. Les nouveaux députés ne prendront leurs fonctions que le 1er mai.

Dix partis de tout le spectre politique seront en lice. Les électeurs devront choisir 84 députés, 262 maires et 20 députés au Parlement centro-américain (Parlacen, une assemblée d'intégration régionale). Tous seront élus pour trois ans.

Le scrutin pourrait marquer la consolidation du pouvoir de Nayib Bukele, âgé de 39 ans et accusé d'autoritarisme par ses détracteurs, s'il remporte, comme le prédisent les sondages, une majorité à l'Assemblée avec les partis qui le soutiennent : Nuevas Ideas, qu'il a fondé, et la Grande alliance nationale (Gana, centre droit), qui l'avait présenté à l'élection présidentielle en 2019.

Tensions entre le président et les députés sortants

Les sondages tablent sur la fin de la prédominance établie depuis 2018 à l'Assemblée (Parlement unicaméral) par les deux partis d'opposition, à droite l'Alliance républicaine nationaliste (Arena) et à gauche le Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN, ex-guérilla marxiste).

Ces deux partis ont dominé la vie politique au Salvador depuis les accords de paix de 1992 qui avaient mis fin à 12 années de guerre civile. Élu en 2019 pour cinq ans comme alternative au bipartisme, Nayib Bukele s'est heurté aux députés pendant les deux premières années de son mandat.

Le président salvadorien avait même fait irruption voilà un an, le 9 février 2020, au Parlement avec le soutien de policiers et de militaires armés de fusils d'assaut, pour faire voter un emprunt destiné à financer son plan de lutte contre le crime organisé. Le chef de l'État avait menacé à la tribune de dissoudre le Parlement mais y avait renoncé après une courte prière silencieuse.

Selon la dernière enquête d'opinion en date de l'influente Université centroaméricaine (UCA, contrôlée par les jésuites), Nuevas Ideas pourrait obtenir une confortable majorité de 55 députés.

"Atmosphère de confrontation"

Nayib Bukele, qui a encore devant lui trois années d'un mandat non renouvelable, pourrait alors "approuver, réformer ou supprimer des lois à sa convenance", selon le directeur de la Fondation salvadorienne d'études pour l'application du droit (Fespad), Saul Baños. Il pourrait également nommer des juges à la Cour suprême et au parquet général, deux institutions avec lesquelles il a déjà eu maille à partir.

"Pour la démocratie, il n'est jamais bon que le pouvoir soit concentré dans un seul parti", observe pour l'AFP l'analyste et professeur de sciences politiques Juan Ramon Medrano.

Avant le scrutin, la Conférence épiscopale du Salvador a dénoncé la violence de la campagne qui a coûté la vie à deux militants du FMLN, et a appelé les électeurs à penser à l'avenir.

Nayib Bukele s'est mis au centre de la campagne, prenant des libertés avec le code électoral. Ses détracteurs lui reprochent d'avoir utilisé des fonds publics pour distribuer des colis alimentaires pendant la pandémie ou d'avoir ignoré l'interdiction de publier des messages politiques trois jours avant le vote.

L'UCA a averti que les élections vont se dérouler "dans une atmosphère de tension et de confrontation qui pourrait déboucher sur de la violence et jeter le doute sur les résultats", avec un danger d'instrumentalisation des forces de l'ordre pour influer sur le vote.

Le président sortant du Parlement, Mario Ponce (Arena), a demandé à la communauté internationale et l'Organisation des États américains (OEA) de "surveiller" le scrutin.

Avec AFP