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Un salon de l'"Artgriculture" à Toulouse et la crise paysanne s'invite au musée

Une visiteuse de l'exposition "Artistes et Paysans. Battre la campagne" au musée d'art contemporain des Abattoirs de Toulouse, le 8 mars 2024 (Lionel BONAVENTURE)
Une visiteuse de l'exposition "Artistes et Paysans. Battre la campagne" au musée d'art contemporain des Abattoirs de Toulouse, le 8 mars 2024 (Lionel BONAVENTURE)

Le Salon de l'Agriculture a fermé ses portes mais celui de l'"Artgriculture" vient d'ouvrir à Toulouse où le musée d'art contemporain des Abattoirs propose un étonnant dialogue entre "Artistes & Paysans" qui fait écho aux questions posées par la crise agricole.

Venu percuter l'actualité, le projet de l'exposition, ouverte depuis le 1er mars et jusqu'à fin août sur les bords de la Garonne, a pourtant pris racine il y a "un an et demi, deux ans", raconte à l'AFP Lauriane Gricourt, directrice des Abattoirs et l'une des co-commissaires.

"On avait ce souhait de faire dialoguer art et agriculture, parce que c'est un sujet qui est peu voire pas traité dans le milieu de l'art", explique-t-elle.

"Les agriculteurs et les agricultrices jouent un rôle très central dans notre société, ils produisent ce qu'on mange, sont au cœur de la société mais pourtant, restent en marge, ce sont des métiers peu visibles, qu'on n'entend pas, sauf en ce moment, on est parti un peu de tout ça pour imaginer notre exposition".

Cueilli à l'entrée par une sculpture en bois grandeur nature d'un gros tracteur "International Harvester", réalisée par l'artiste Pascal Rivet, le visiteur débute sa déambulation par une réflexion sur les représentations de l'agriculteur.

- Pietà en salle de traite -

Loin des tableaux classiques de Millet que l'on aperçoit d'ailleurs dans un petit "musée paysan" installé dans un coin de l'exposition ou "du cliché du vieux paysan avec sa casquette et sa chemise à carreau", le peintre Julien Beneyton a par exemple choisi de croquer des jeunes filles du lycée agricole du Paraclet, près d'Amiens.

"Je les ai trouvées solaires ces jeunes-là et je voulais montrer que cela existe aussi", raconte à propos de ce tableau intitulé "The world is yours" (Le monde est à vous) ce peintre réaliste qui s'est plutôt fait connaitre pour ses représentations urbaines ou de l'univers hip-hop.

L'artiste Damien Rouxel a lui pris pour cadre de son travail la ferme de ses parents qu'il fait poser dans des mises en scène photographiques reproduisant de grandes oeuvres de l'histoire de l'art, avec par exemple une Pietà installée dans une salle de traite, où il incarne le Christ et sa mère la Vierge Marie.

De cette ferme "source d'imaginaire incroyable pour (lui) enfant", il a tiré un décor et pour "venir questionner les a priori des gens sur cet environnement", dit-il.

Le mouvement actuel de protestation agricole l'inspire aussi: "ce que je trouve hyper intéressant c'est comment visuellement c'est traité dans les médias, les codes, j'ai glané plein d'images, il y a forcément un tracteur, du feu pas loin, des bannières avec des slogans hyper impactants", détaille-t-il, ravi de sa récolte.

- De l'art et du cochon -

Des thématiques entendues sur les barrages d'agriculteurs cet hiver traversent toutes les œuvres de l'exposition, montrant combien les artistes, dont certains se définissent comme "artgriculteurs", en avaient perçu l'acuité depuis des années: contraintes liées à la productivité, aux normes, question écologique et du rapport au vivant, transmission des exploitations, etc.

Dans sa série de photos baptisée "Objectifs de production", l'artiste Thierry Boutonnier se met ainsi en scène en train d'expliquer le cours du lait à une vache ou la chaine de transformation de la viande à un cochon.

"Je m'adressais aux principaux exploités pour les informer de leur devenir", dit-il, dans une dénonciation de "l'idée qu'il faut absolument produire, injonction contradictoire car les cycles de vie et la terre, malgré toute sa générosité, ne peut pas produire dans les conditions auxquelles on la soumet".

"Aujourd'hui, l'actualité nous a rattrapé, avec cette impression d'être dans l'air du temps alors qu'au départ quand j'ai commencé à travailler, ça ne l'était pas", souligne Julien Beneyton dont la série de toiles sur des éleveurs n'avait en son temps pas séduit sa galerie parisienne pour qui les vaches, c'était "pas sexy".

elr/ap/de