Salon de l'Agriculture: Macron au chevet des victimes des tensions internationales

Emmanuel Macron discutant avec un éleveur au Salon de l'Agriculture, samedi 22 février 2020. (Photo: BERTRAND GUAY via Getty Images)

POLITIQUE - “L’objectif n’est pas de battre le record de l’an dernier”. À 72 heures de la traditionnelle visite présidentielle au Salon de l’agriculture, l’Élysée promettait une “déambulation réduite” d’Emmanuel Macron, qui avait passé plus de 14 heures dans les allées de l’édition 2019. En tout cas “probablement”, tant le chef de l’État a tendance à faire durer les moments d’échanges directs et improvisés, souvent synonymes de séquences médiatiques nées sur les réseaux sociaux. 

Il faut dire que l’inauguration intervient cette année au lendemain d’intenses négociations européennes sur le budget de l’UE. Des échanges denses et éprouvants au cours desquels la question centrale des sommes allouées à la Politique agricole commune (PAC) a été évoquée, Emmanuel Macron plaidant pour “une revalorisation nécessaire” de l’enveloppe. 

Il est finalement revenu sans accord sur le maintien de l’enveloppe de la PAC, les 27 pays de l’Union n’ayant pas réussi à s’entendre sur le budget de l’UE.

Dans ce contexte, l’entourage du chef de l’État se montrait prudent quant au temps que le président, arrivé sur place vers 8h du matin, passera porte de Versailles ce samedi 22 février.

Cette concomitance des agendas souligne par ailleurs la dimension internationale de la visite du président de la République, qui a décidé de donner la priorité aux secteurs souffrants des différentes tensions observées dans le monde. 

Sanctions américaines et Brexit 

“Le président de la République viendra délivrer un message de soutien, d’appui des agriculteurs”, souligne l’Élysée, donnant la priorité à “ceux qui ont une difficulté particulière, notamment les viticulteurs qui sont touchés par les sanctions venant des États-Unis, liées aux contentieux à l’OMC”. Pour rappel, Donald Trump a décidé de taxer les vins français à hauteur de 25% pour protester contre les subventions européennes (condamnées par l’OMC) accordées à Airbus, principal concurrent de l’américain Boeing.

Emmanuel Macron se sait donc particulièrement attendu par les représentants de la filière viticole, qui estime le recul des exportations à 17,5% en raison de ces sanctions et demande à l’exécutif d’amortir le choc. “À la veille du Salon de l’Agriculture, nous demandons solennellement au président de la République de débloquer sans attendre 300 millions d’euros sous la forme d’un fonds de compensation d’urgence”, revendiquait dans un communiqué Antoine Leccia, président de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux. 

Le chef de l’État profitera également de ce salon pour aller au chevet des pêcheurs “directement concernés par le Brexit”. Les intéressés sont en effet inquiets d’une potentielle restriction de l’accès aux zones de pêche se situant dans les eaux britanniques. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Diran s’attend sur ce point à des négociations tendues avec les Britanniques. “On va s’étriper pas mal”, a-t-il déclaré la semaine dernière. Signal plutôt positif pour les pêcheurs, c’est un Français qui a été élu mercredi à la tête de la commission de la Pêche au Parlement européen, l’eurodéputé LREM Pierre Karleskind. 

Zones de non-traitement et transition écologique

Outre les secteurs concernés par les crises internationales, le chef de l’État a également prévu de rencontrer “le secteur des grandes cultures, comme les céréaliers”, auprès desquels il devra faire le service après-vente de l’arrêté sur les zones de non-traitement. Un dossier pour le moins explosif au sein de cette filière, qui a d’ores et déjà demandé à l’État de mettre à la main à la poche en guise de dédommagement. “Le président aura à cœur de rappeler d’où on vient: une crainte pour la santé publique, une décision de justice administrative du Conseil d’État et d’un avis d’une agence sanitaire qui précise les mesures qu’il faut prendre pour limiter l’exposition des riverains”, souligne la présidence, affirmant que le président de la République viendra avec “un message d’apaisement et de pédagogie”, et “rappellera aussi qu’il y a une phase transitoire pour s’adapter”. 

Et afin de convaincre les producteurs de s’engager vers des modes d’exploitation moins polluants, Emmanuel Macron entend abattre la carte économique, en soulignant qu’il plaide à Bruxelles pour l’augmentation du budget de la PAC -“une priorité absolue”- dans le but de mieux rémunérer les agriculteurs. Vendredi soir, après l’échec des négociations à Bruxelles, le président a lancé: “Ce n’est pas la PAC qui peut payer pour le Brexit”.

“Une amélioration du revenu c’est la condition indispensable pour pouvoir mener la transition environnementale et travailler sur la question du bien-être animal”, souligne la présidence, mettant également en avant les efforts faits sur l’aide à la conversion en agriculture biologique. “S’il faut développer le bio, il faut des aides à la conversion, pas des aides au maintien des agriculteurs en place. La croissance du bio est bonne. Nous sommes passés de 6,5% de part de bio en 2017 à 8,7% en 2019”, se félicite l’Élysée, sans se prononcer sur la faisabilité de l’objectif de 15% fixé pour 2022.

De quoi faire de ce passage obligé un déplacement sans encombre? Alors que de nombreuses permanences LREM ont été dégradées dans l’été par des agriculteurs en colère contre la ratification du Ceta, l’Élysée dit ne pas craindre d’éventuelles perturbations, venant d’agriculteurs, de militants antispécistes ou de gilets jaunes. ”À chaque visite de salon, il peut y avoir des mécontentements qui s’expriment”, explique-t-on. Quoi qu’il en soit, Éric Drouet, a déjà donné rendez-vous à ses camarades ce samedi 22 février Porte de Versailles.   

À voir également sur Le HuffPost: Macron interrogé sur 2022: “Beaucoup de choses peuvent arriver d’ici là”

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