S'allier avec des moustiques transgéniques contre le paludisme

Pour lutter contre le paludisme, les institutions de santé publique ont asséché des marais, pulvérisé des insecticides et distribué des médicaments. Aujourd’hui, les scientifiques souhaitent impliquer le moustique dans leur combat. Ils cherchent à modifier ou à contrôler les gènes de l’insecte afin de lui faire détruire les parasites dont il est porteur au lieu de les transmettre aux humains. Une équipe de chercheurs européens a réalisé une grande avancée dans cette voie en découvrant trois gènes qui semblent déterminer la manière dont le système immunitaire de l’insecte réagit - ou ne réagit pas - au parasite. Cette découverte, dont la revue Science se fait l’écho, ouvre la voie à l’élaboration de substances chimiques qui empêcheraient ces gènes de protéger le parasite, expliquent les chercheurs. “Quand il se développe dans l’organisme du moustique, le parasite est un corps étranger, mais on ne sait pas grand-chose sur ses moyens de défense contre le système immunitaire du moustique. C’est une grande avancée dans la connaissance de cette relation”, commente Marcelo Jacobs-Lorena, spécialiste des maladies infectieuses à l’école de santé publique Johns Hopkins Bloomberg [Baltimore, Maryland]. Le recours au génie biologique arrive à point nommé dans la recherche contre le paludisme. Les scientifiques font en effet remarquer que l’insecte est de plus en plus résistant aux insecticides, et le parasite aux médicaments. De plus, les insecticides encore efficaces sont souvent mal utilisés. Certains spécialistes estiment donc que, si la recherche n’évolue pas, les cas mortels de paludisme pourraient atteindre 3 millions par an d’ici vingt ans (contre 1 million actuellement). Une grande partie - pour ne pas dire la plupart - des victimes sont des enfants en bas âge. Les scientifiques ont profité de la publication, en 2002, des séquences complètes du génome du moustique et du parasite responsable du paludisme. Mais ils avaient commencé à étudier les possibilités du recours à la génétique pour lutter contre la maladie parasitaire avant que ces génomes ne soient révélés. Les chercheurs de l’université de Case Western Reserve, par exemple, ont développé le premier moustique génétiquement modifié : un de ses gènes avait été remanié afin que l’insecte puisse détruire le parasite dont il est porteur. Cependant, l’agent biochimique synthétisé par ce gène n’avait pas pu éliminer tous les parasites, ce qui laisse penser que ces derniers évoluent pour résister. Les chercheurs du Laboratoire européen de biologie moléculaire, à Heidelberg, ont abordé le problème différemment. Des travaux antérieurs avaient montré que le système immunitaire du moustique était capable de détecter la présence du parasite. Sans que l’on sache trop comment, celui-ci parvenait à tromper le système immunitaire et à se faire passer pour inoffensif. Les chercheurs de Heidelberg ont donc cherché à isoler les gènes responsables de la réaction ou de la non-réaction du système immunitaire. L’équipe a inoculé au moustique un parasite infectant les rongeurs, servant de substitut au parasite du paludisme. Cela leur a permis d’identifier trois gènes impliqués dans la réaction immunitaire du moustique. L’inactivation de l’un de ces gènes accélérait le développement des parasites ; c’était donc un gène protecteur. Mais, à la surprise des chercheurs, l’inactivation des deux autres ralentissait au contraire le développement du parasite. Il s’avère que ces deux gènes sont favorables au virus : ils produisent des protéines qui ont été “subverties” par le parasite pour faciliter son développement. Leur inactivation pourrait considérablement diminuer la propagation du virus. Bien sûr, il reste beaucoup à faire pour transformer ces découvertes en résultats concrets, tempèrent Janet Hemingway et Alister Craig, chercheuses à l’école de médecine tropicale de Liverpool. Toutefois, poursuivent les deux scientifiques, ces travaux amènent une lueur d’espoir.

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