Salariés français autorisés à déjeuner à leur poste de travail: la presse américaine s'inquiète pour "l'art de vivre à la Française"

Jeanne Bulant
·2 min de lecture
Un open space (Photo d'illustration) - Flickr - CC Commons - Jean-Etienne Minh
Un open space (Photo d'illustration) - Flickr - CC Commons - Jean-Etienne Minh

"La table est un endroit sacré". Face au bouleversement des habitudes gastronomiques françaises, la presse américaine s'affolle. Le New York Times s'étonne, dans un article publié le 7 février dernier, que les Français soient bientôt autorisés à déjeuner devant leur ordinateur au bureau, dans le cadre de la pandémie de Covid-19.

Car en France, un décret assouplissant la réglementation sur les pauses repas dans les entreprises a été publié dimanche au Journal officiel: il va permettre aux salariés de manger dans des locaux dédiés au travail, en vue de limiter les risques de contamination liés au coronavirus, alors que cela était jusqu'alors tout bonnement interdit.

"Les habitudes alimentaires des Français ont été mises à rude épreuve par la pandémie", explique l'article. "Le couvre-feu à 18 heures empêche désormais aux Français de s'arrêter à la boulangerie ou à la boucherie avant d'aller dîner, et la fermeture des bars et des restaurants a fait exploser la vente de plats à emporter, sous la forme de 'click and collect'".

"L'américanisation gagne la France"

Pour l'éminent quotidien américain, l'obligation (régie par le Code du travail) de devoir déjeuner dans un lieu extérieur à son lieu de travail reflétait "un farouche attachement culturel à l'art de vivre à la Française". Le journal qualifie même le repas français "d'expérience sociale". "C'est plus qu'une simple question de nourriture, c'est un moment de partage agréable qui a une grande place dans nos vies".

"Avant la pandémie, les salariés français savouraient généralement un repas avec quelques collègues dans un bistrot proche de leur lieu de travail", analyse également la chaîne américaine CNN. "Désormais, les employés pourront manger à leur bureau, dans les entreprises de plus de 50 salariés, lorsque la cafétéria ne permet pas de mettre en place des mesures de distanciation sociale".

"Nous Français et vous Américains, avons des conceptions totalement différentes de ce à quoi ressemble le travail", analyse Agnès Dutin, une Française rencontrée par le New York Times. Pour cette femme à la retraite, "manger à son bureau est catastrophique. Vous avez besoin d'une pause pour vous rafraîchir l'esprit, c'est bien de pouvoir bouger un peu. À votre retour, vous voyez les choses différemment."

"La mondialisation, ou tout simplement l'américanisation du monde, gagne également la France (...). Dans le pays qui a mis en place la semaine de 35 heures, cette habitude américaine qui consiste à déjeuner devant son bureau est considérée comme un signe inquiétant d'une dégradation du bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée", poursuit le New York Times.

Article original publié sur BFMTV.com