Salaire minimum, travail à la tâche, cannabis : plusieurs mesures locales adoptées aux États-Unis

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De nombreuses initiatives ou référendums étaient soumis au vote dans chaque État américain le même jour que l’élection présidentielle. Tour d’horizon des principales mesures qui vont changer la vie quotidienne des Américains.

Salaire minimum en Floride, Uber renforcé en Californie, l’usage récréatif du cannabis légalisé dans plusieurs États : les Américains se sont exprimés, mardi 3 novembre, sur de nombreuses initiatives et référendums auxquels ils étaient soumis au niveau local.

Les résultats ne vont pas toujours dans le même sens que le choix fait par les électeurs pour la présidentielle : ainsi, la Floride a voté pour Donald Trump tout en augmentant le salaire horaire minimum dans l’État — une mesure soutenue par Joe Biden mais pas par le président sortant ; de même, la Californie a voté pour Joe Biden mais contre des propositions soutenues par la gauche comme la fin de l’interdiction de la discrimination positive ou de l’ubérisation de l’économie.

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  • Vers un salaire minimum de 15 dollars de l’heure en Floride

Les électeurs de Floride ont approuvé une proposition visant à modifier la constitution de l’État pour augmenter progressivement le salaire minimum de 8,56 dollars de l'heure à 15 dollars d'ici le 30 septembre 2026.

La Floride rejoint les États de la Californie, du Connecticut, de l’Illinois, du Maryland, du Massachusetts, du New Jersey et de New York, qui doivent eux aussi atteindre le salaire minimum de 15 dollars de l’heure dans les années à venir. Seul Washington DC l’impose actuellement, tandis que l’État de Washington (nord-ouest) est celui qui offre le salaire minimum le plus élevé à 13,50 dollars de l’heure.

Au niveau fédéral, le salaire minimum est fixé à 7,25 dollars de l’heure.

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  • Uber et le travail payé "à la tâche" gagnent du terrain

Les électeurs californiens ont voté en faveur de la "Proposition 22", formulée notamment par Uber, pour contourner une loi de cet État entrée en vigueur en janvier. Celle-ci impose aux entreprises de la "gig economy" (économie à la tâche) d'embaucher leurs travailleurs indépendants, à commencer par les chauffeurs.

Les deux plateformes de réservation de voitures avec chauffeur (VTC), Uber et Lyft, et leurs alliés Postmates, DoorDash et Instacart, ont dépensé plus de 200 millions de dollars pour leur campagne, contre moins de 20 millions du côté des opposants, ce qui en fait le référendum le plus cher de l'histoire de l'État.

Leur victoire leur permet d'économiser d'immenses dépenses en recrutement et avantages sociaux, alors qu'elles n'ont jamais réussi à dégager de profits. Uber a de nouveau perdu plus d'un milliard de dollars au troisième trimestre, pour un chiffre d'affaires de 3,1 milliards.

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La campagne publicitaire a lourdement insisté sur la flexibilité et sur les compensations prévues pour les dizaines de milliers de chauffeurs californiens : un revenu minimum garanti, une contribution à une assurance santé et d'autres assurances, en fonction du nombre d’heures travaillées par semaine.

Le référendum était suivi de près dans le reste du pays et au-delà : si un État aussi démocrate que la Californie ne parvient pas à imposer ses lois à la "gig economy", la bataille semble difficile à remporter ailleurs.

  • Légalisation du cannabis à usage récréatif dans quatre nouveaux États

Les électeurs de l’Arizona, du Dakota du Sud, du Montana et du New Jersey ont légalisé l'usage du cannabis dans un but récréatif, tandis qu’un usage médical du cannabis a été autorisé dans le Dakota du Sud et dans le Mississippi.

Cela porte, depuis 1996, à 35 États et le District de Columbia autorisant le cannabis à des fins thérapeutiques, 15 approuvant son usage récréatif, selon l’Organisation nationale pour la réforme des lois sur le cannabis.

L’Oregon a, par ailleurs, voté en faveur de la dépénalisation des drogues dures comme l’héroïne ou la cocaïne. Au lieu de poursuivre les consommateurs en justice, l’État leur proposera de se faire évaluer dans un centre de lutte contre l’addiction. Les électeurs de l’Oregon ont également approuvé l’usage thérapeutique chez l’adulte de la psilocybine, une substance hallucinogène présente dans certains champignons. Les partisans de cette proposition ont invoqué des recherches montrant les avantages de la psilocybine comme traitement des troubles de l’anxiété et d'autres problèmes de santé mentale.

  • La Louisiane adopte un amendement anti-avortement

Les électeurs de la Louisiane ont approuvé un amendement modifiant la Constitution de l’État pour que le droit à l’avortement ne soit pas protégé en cas de renversement par la Cour suprême des États-Unis de l’arrêt "Roe vs Wade", qui a rendu en 1973 l’avortement légal dans l’ensemble du pays.

En revanche, les électeurs du Colorado ont rejeté une mesure visant à interdire les avortements, sauf quand la vie de la mère est en danger, après 22 semaines de grossesse.

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  • La Californie rend le droit de vote aux condamnés en liberté conditionnelle

La Californie a rendu le droit de vote aux condamnés bénéficiant d'une mesure de libération conditionnelle, une mesure adoptée par référendum en marge de l'élection présidentielle américaine et qui concerne quelque 50 000 personnes dans cet État de l'Ouest.

Jusqu'à présent, la Constitution de la Californie interdisait aux individus condamnés pour des crimes d'exercer leur droit de vote tant qu'ils n'ont pas purgé intégralement leur peine, libération conditionnelle comprise.

Les partisans de cette mesure mettaient notamment en avant le fait qu'environ trois quarts des hommes sortant des prisons californiennes sont noirs, d'origine latino-américaine ou asiatique, reflet des inégalités profondes qui minent le système judiciaire et pénal selon eux. Les opposants au changement, républicains en tête, dénonçaient, eux, un "affront" fait aux victimes.

Les électeurs californiens ont en revanche rejeté la proposition 16 qui souhaitait le retour de la discrimination positive ("affirmative action" en anglais) dans les universités publiques ou certaines administrations. Le texte proposait de rétablir des critères de sexe, d'origine ethnique ou culturelle — qui avaient été supprimés en 1996 — pour doper la diversité dans les recrutements dans l'accès à l'éducation supérieure et à des postes de fonctionnaires.

  • Le Mississippi change son drapeau, le Rhode Island raccourcit son nom

Le Mississippi a un nouveau drapeau. Cet État du sud des États-Unis avait retiré en juin, après les manifestations liées à la mort de George Floyd, son drapeau historique, qui comportait le drapeau confédéré au canton — moitié supérieure proche du mât. Depuis, un nouveau drapeau a été imaginé : il comporte au centre une fleur de magnolia, représentant l’hospitalité des citoyens de l’État, entouré de l’inscription "In God We Trust" ("Nous avons foi en Dieu") et de vingt étoiles symbolisant le fait que le Mississippi est devenu en 1817 le 20e État de l’Union.

Les électeurs du Rhode Island ont, quant à eux, voté en faveur du changement du nom officiel de leur État, appelé depuis son origine au XVIIIe siècle "State of Rhode Island and Providence Plantations" ("État du Rhode Island et des plantations de Providence"). L’État s’appelle désormais simplement "Rhode Island".

Avec AFP et Reuters