Saisons de correction pour femme fautive

Libération.fr

Ayant retrouvé des lettres entre une fille mère de 20 ans et son assistante sociale dans les années 50, Jean-François Laé dresse le portrait d’une France aux méthodes coercitives.

Tout commence par une de ces découvertes dont rêve tout sociologue ou historien : un dépôt d’archives ignoré, vierge du regard du chercheur, émergeant d’un autrefois oublié. Dans le débarras d’une association chargée de l’enfance à Avignon, Jean-François Laé, qui œuvre à rendre visibles et intelligibles des «vies de faible intensité», découvre 160 lettres échangées dans les années 50 entre une assistante sociale, Odile Rouvat, et une jeune fille, qu’il prénomme Micheline, enceinte à 20 ans.

A la demande de sa mère qui exerce son droit de correction, Micheline est placée dans un des centres du Bon-Pasteur, «si familier du paysage des familles pauvres», dont elle fugue aussitôt, puis dans une maison maternelle qui voit naître sa petite fille. L’auteur aurait pu se contenter de commenter cette correspondance : elle éclaire un avant-1968 qui muselle la liberté des filles, s’approprie, par la contrainte, le corps féminin, déresponsabilise, en appui sur le Code civil, les partenaires masculins.

Le sociologue ne se satisfait pas de comprendre l’évolution de la relation - dominée, dans un premier temps, par la dimension professionnelle, fortement hiérarchisée et moralisatrice de l’assistante sociale - vers de réels liens affectifs. Ceux-ci accordent à Odile, guide de Micheline, le rôle de marraine de l’enfant de sa protégée ; «tracteur d’affection», la fillette fait lien, moralise la mère, la réintègre par la marge dans la communauté des femmes.

A partir de cet entrelacs relationnel, Laé déploie des histoires parallèles qui multiplient les traces des adolescentes d’un passé dépassé et pourtant si proche : celui du temps du certif, des bals populaires, du travail dans les champs, dans ce Luberon comme dans tant de régions. Vies toutes tracées qui rendent certaines indociles. Leur parcours éclaire les (...)

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