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Saint-Valentin: le couple reste l'idéal des jeunes, mais pas tout de suite

"Il faut distinguer l’idée de vivre en couple avec le fait de vivre une relation amoureuse", indique une chercheuse du CNRS qui travaille sur la vie amoureuse des jeunes (CHANDAN KHANNA)
"Il faut distinguer l’idée de vivre en couple avec le fait de vivre une relation amoureuse", indique une chercheuse du CNRS qui travaille sur la vie amoureuse des jeunes (CHANDAN KHANNA)

Flou relationnel, relations simultanées "sans prise de tête", recul de l’âge du mariage: depuis les années soixante, de moins en moins de jeunes vivent ensemble, en couple. Mais pour beaucoup, après quelques années à "expérimenter", le couple reste "l'horizon à atteindre".

"J’ai grandi dans l’idée qu'il n'y avait que deux possibilités, être célibataire ou en couple", raconte Victor, lillois de 28 ans. "J’ai réalisé ensuite que la norme, parmi les gens de mon âge, c’est plutôt un ensemble de relations intermittentes, de rapports semi-réguliers", ajoute le jeune homme, qui ne souhaite pas donner son nom de famille.

Ce salarié dans le secteur du numérique met en avant "la facilité du zapping" grâce aux applications de rencontres et "l’attrait de la nouveauté". "Il y a une jouissance à multiplier les relations", avoue-t-il, "là où on peut se dire que le couple s’accompagne d’obligations, de stress et de limitations".

"La période de +jeunesse sexuelle+ (la période qui va du premier rapport sexuel à l'emménagement en couple dans le même logement) n’a fait qu’augmenter dans les dernières décennies", rappelle Emmanuelle Santelli, directrice de recherches au CNRS.

Une évolution qui s'explique par "l'allongement des études et l’entrée plus tardive dans la vie active, ce qui retarde le moment d’entrée dans un logement commun".

Selon les données de l'Insee, le nombre de jeunes de 20 à 24 ans habitant en couple sous le même toit diminue progressivement depuis les années 1960, avec une baisse importante entre 1982 et 1999, et à nouveau à partir de 2010.

Autre facteur, le cadre social plus souple: les femmes n'emménagent plus que rarement avec leur premier partenaire sexuel, alors que c'était autrefois quasiment la norme, selon les données de l’Institut national d’études démographiques (Ined).

- Moins de couples?

"S’amuser, multiplier les expériences, est désormais quelque chose de très valorisé. Y compris chez les jeunes femmes, ce qui n’était pas le cas pendant longtemps", ajoute Mme Santelli, autrice d'un article souvent cité, "Profiter de sa jeunesse avant de se caser: entre injonction normative, variation sociale et effet de genre", parue en 2019 dans la revue Agora.

Pour comprendre ces évolutions, "il faut distinguer l’idée de vivre en couple avec le fait de vivre une relation amoureuse", poursuit-elle. "La diminution du nombre de couples est alors à relativiser, puisqu’on assiste à une augmentation du nombre de relations amoureuses dans les trajectoires individuelles".

Ainsi, "y a-t-il véritablement moins de couples, ou davantage de façons de faire couple?"

A 25 ans, Eléonore, qui ne souhaite pas donner son nom de famille, employée dans un restaurant à Pau, a ainsi passé un an entre rendez-vous Tinder et "situationships", terme définissant une relation qui refuse le nom et les obligations du couple traditionnel, et a récemment battu des records de recherches sur TikTok, le réseau prisé des 18-25 ans.

"J’étais dans un environnement jeune et +queer+ (qui remet en question les normes de genre), qui valorise l’expérimentation et l’idée de relation libre", raconte-t-elle. "On avait un espace pour en discuter entre nous, penser la place que ça devait prendre dans nos vies, ce qui était vraiment plutôt sain".

Mais des études de l’Insee et l’Ined montrent la permanence d’un point de bascule pour de nombreux jeunes, passé trente ans, avec une augmentation progressive de l’emménagement avec un partenaire amoureux.

"Je suis heureux comme ça, mais je ne veux pas que ça dure plus de quelques années", confirme Victor, pour qui le couple monogame reste l’horizon à atteindre. "Un couple, c’est une relation qui a de la profondeur, où tu peux te livrer…".

Emmanuelle Santelli rappelle aussi que "la jeunesse n’est pas un bloc homogène": "Les jeunes de classes populaires finissent en général plus tôt les études et entrent par conséquent plus tôt sur le marché de l’emploi: ils réunissent donc plus rapidement les conditions matérielles pour s'installer en couple et avoir des enfants".

pim/fmp/grd/tes