Saint-Pierre-et-Miquelon: les florissantes et discrètes activités du compagnon de la ministre Annick Girardin

Ce mercredi, le Canard enchaîné épingle trois appels d'offres publics remportés par Jean-François Vigneau, compagnon de la ministre des Outre-Mer, Annick Girardin, dans le fief de celle-ci, à Saint-Pierre-et-Miquelon. Ces activités n'ont pas été portées à la déclaration de la femme politique à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique.

Dans son édition de ce mercredi, le Canard enchaîné s'est intéressé aux affaires de la société créée par Jean-François Vigneau, compagnon de la ministre des Outre-Mer, à Saint-Pierre-et-Miquelon. C'est dans cette île léchée rugueusement par les ondes de l'Atlantique nord, à peu de distance des rivages canadiens, qu'Annick Girardin a établi son fief. D'abord élue, entre 2000 et 2016, au conseil territorial, elle en a également été la députée entre 2007 et 2014, réélue en 2017, devant cependant lâcher son siège à chaque fois pour prendre ses fonctions ministérielles. Or, les activités de son compagnon ont commencé à fleurir dans son bastion, au moment même où sa carrière politique nationale décollait.

Trois contrats

Le journal pointe ainsi trois appels d'offres publics remportés entre 2013 et 2019 par Jean-François Vigneau. Cumulés, ces contrats représentent 2,5 millions d'euros, sans que la Haute autorité pour la transparence de la vie publique ne soit informée. C'est en 2013, alors que Jean-François Vigneau est ponctuellement collaborateur parlementaire d'Annick Girardin, qu'il remporte le premier d'entre eux. En juillet, il apprend que le service d'aviation civile de Saint-Pierre-et-Miquelon initie un appel d'offre pour le "gardiennage de la station Galileo", rival européen de l'Américain GPS, qui réalise les mesures au sol des satellites.

Le 23 juillet, il fonde la société Gardiennage Sécurité Intervention (GSI) et reçoit dès le 18 septembre, dans un délai record, l'habilitation nécessaire du ministère de l'Intérieur en matière de sécurité privée. In extremis, il peut donc déposer sa candidature, avant la date butoir fixée au lendemain. Le 27 décembre, GSI obtient le contrat de 792.702 euros hors taxes pour 36 mois.

Le 14 avril 2017, nouvel appel d'offres public dans la même station et pour le même motif: là encore, le GSI de Jean-François Vigneau s'impose. Il était cependant le seul prétendant. Mais si à vaincre sans péril on triomphe sans gloire, on ne triomphe cependant pas sans émolument. Le marché représentait cette fois 882.648 euros hors taxes.

Annick Girardin réagit

La société de Jean-François Vigneau se trouve encore seule à postuler en février 2019, lorsque paraît un appel d'offres relatif à des "prestations de sûreté" à réaliser dans l'aéroport de l'archipel. GSI a ainsi enlevé une enveloppe de 741.924 euros hors taxes pour 36 mois. En tout, le cumul de ces contrats porte la somme à 2,5 millions d'euros. Annick Girardin a commenté auprès du Canard enchaîné: "Nous sommes très clairs, très nets. Je me suis toujours tenue éloignée de tout ça, et Jean-François ne veut pas que je m'en approche".

Si les activités professionnelles de Jean-François Vigneau n'ont pas été signalées auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, c'est parce que, comme le déclare le cabinet du ministère, lui et Annick Girardin ne sont "ni mariés ni pacsés" et que chacun a une "résidence principale et un foyer fiscal différent". Toutefois, la maison dont il partage la propriété à Saint-Pierre-et-Miquelon pourrait bien représenter "une proximité suffisante" pour un contrôle, d'après l'avis d'un membre de la Haute autorité au journal d'investigation. Le cabinet du ministère a posé: "Nous pourrions étudier une modification de la déclaration à la Haute autorité".

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