Sahel : la France prend-elle un risque en renforçant l’opération Barkhane ?

Emmanuel Macron et les chefs d'État du G5 Sahel ont décidé de renforcer la présence militaire française dans la région. Pourtant, elle est de plus en plus critiquée.

La France et les pays du G5 Sahel ont décidé de renforcer l’opération Barkhane avec 220 soldats supplémentaires. Alors qu’en parallèle, un sentiment anti-français se développe dans la région. 

Un sommet entre Emmanuel Macron et les chef d’État du G5 Sahel s’est tenu à Pau, ce lundi 13 janvier. Le président de la République française souhaitait notamment avoir des réponses quant à la présence des militaires de l’opération Barkhane, qui font face à un sentiment anti-Français dans certains pays de la zone. Il a ainsi demandé à ce que les présidents du Niger, du Tchad, de la Mauritanie, du Burkina Faso et du Mali “clarifient et formalisent leur demande à l’égard de la France et de la communauté internationale”. 

À l’issue de ce sommet, les six chefs de l’État ont finalement décidé de renforcer encore la présence française dans le Sahel, avec l’envoi de 220 militaires supplémentaires. Un choix qui s’explique par la recrudescence des attaques terroristes dans la région. “Les menaces jihadistes sont présentes dans le Sahel depuis le milieu des années 2000, et elles n’ont fait que s’étendre, surtout ces quatre dernières années”, nous détaille Alain Antil, directeur du centre Afrique Subsaharienne à l’IFRI (Institut français des relations internationales). “Elles se propagent désormais sur l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest”, ajoute quant à elle Caroline Roussy, chercheur à l’Iris (Institut de Relations internationales et stratégiques), responsable du programme Afrique.

Les Européens, invités à s’investir

Ce sommet a également été l’occasion pour les chefs d’États d’établir un nouveau cadre pour l’intervention armée, avec une vision plus internationale impliquant “les partenaires déjà engagés, ainsi que tous les pays et organisations qui voudront y contribuer”. Un déploiement européen devrait d’ailleurs prochainement voir le jour, sous le nom de force “Takuba”

Mais jusqu’ici, la France était plutôt seule au Sahel. “Très peu de pays européens ont les capacités et l’habitude d’envoyer des soldats sur des opérations extérieurs”, nous explique Alain Antil. Il y a bien des soldats européens au Sahel, “mais ils n’ont, pour la plupart, pas de mandat pour combattre”, poursuit-il. 

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Amitié, accords et intérêts

Si la France est intervenue dans cette région du monde, c’est “d’abord par amitié à l’égard des pays du Sahel, comme l’a rappelé Emmanuel Macron”, décrit Caroline Roussy. 

La France y est aussi tenue par des accords de coopération et de défense, signés dans les années 1970 avec chacun des pays du G5 Sahel. “Ils ont, depuis lors, fait appel à la France à de multiples reprises”, rappelle Alain Antil. D’ailleurs, l’intervention militaire française dans le Sahel a initialement démarré “à l’appel du Mali, qui a demandé de l’aide face à  la menace jihadiste à Bamako”, complète de son côté Caroline Roussy. “Il y a aussi une question d’intérêts : la France a des entreprises et des expatriés dans cette zone”, poursuit-elle.

“Alimenter les ressentiments”

Mais cette intervention militaire n’est pas sans risque pour la France. Si, pour le moment, aucune attaque sur le territoire nationale n’est liée à l’opération Barkhane, la présence française dans cette zone pourrait “alimenter les ressentiments”, décrit Caroline Roussy. 

Barkhane étant “efficace militairement”, les jihadistes s’en prennent plutôt “aux armées nationales”, précise Alain Antil. Pour autant, les soldats français “risquent tout de même leur vie là-bas”, précise-t-il. Plusieurs dizaines d’entre eux sont morts depuis le début de l’opération. Le 9 janvier dernier, un camp militaire abritant un bataillon tchadien de l’ONU, des forces françaises et des militaires maliens a été attaqué, faisant une vingtaine de blessés.

Une présence critiquée

L’autre risque est politique. “Lorsque les militaires français se sont déployés en 2013, ils étaient perçus comme une force de libération. Aujourd’hui, beaucoup critiquent leur présence, dans la population mais parfois aussi les élites”, décrit le directeur du centre Afrique Subsaharienne de l’IFRI.

“L’opération Barkhane peut être ressentie comme du néo-colonialisme. C’est à la fois assez injuste et légitime”, nous explique Caroline Roussy. “Ça fait 6 ans que les soldats français sont dans la région et il n’y a pas d’accalmie. Au contraire, la menace augmente”, complète la chercheuse à l’Iris. C’est d’ailleurs en raison de cette même menace que la présence française est renforcée.

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