Sahara occidental : le Front Polisario bombarde une zone sous contrôle marocain

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Les indépendandistes du Front Polisario ont bombardé samedi soir une zone tampon sous contrôle marocain. Rabat minimise l'incident et évoque une "guerre de propagande".

C'est un nouvel épisode dans les tensions militaires au Sahara occidental. Les indépendantistes du Front Polisario ont bombardé samedi 23 janvier la zone tampon de Guerguerat, sous contrôle marocain, une attaque qualifiée de "guerre de propagande" par Rabat.

"L'armée sahraouie a lancé quatre missiles en direction de la brèche illégale de Guerguerat et ses environs", a indiqué l'agence de presse sahraouie SPS dans un communiqué, en citant un chef militaire sahraoui.

Le communiqué fait état également d'attaques le long du mur de sécurité qui sépare les combattants sahraouis des forces marocaines dans ce territoire désertique disputé depuis le départ des colons espagnols.

Selon un haut responsable marocain joint par l'AFP à Rabat, "il y a eu des tirs de harcèlement à proximité de la zone de Guerguerat, mais cela n'a pas touché l'axe routier, le trafic n'a pas été perturbé".

"Ça s'inscrit dans un cycle de harcèlement depuis plus de trois mois" et "cela dure depuis un certain temps, il y a une volonté de créer une guerre de propagande, une guerre de médias, sur l'existence d'une guerre au Sahara", mais "la situation est normale", a-t-il assuré.

Dans des enregistrements audio qui circulent sur YouTube, des témoignages de camionneurs évoquent trois ou quatre tirs de missiles et avoir entendu les bombardements près de la station-service du poste-frontière de Guerguerat.

L'un deux dit avoir été tout près des missiles. Un autre routier précise que "tous les camions sont partis car ils ont eu très peur". Ces témoignages n'ont pu être authentifiés de source indépendante.

"Légitime défense"

Le Polisario se dit "en état de guerre de légitime défense" depuis que le Maroc a envoyé le 13 novembre des troupes à l'extrême sud du vaste territoire pour chasser un groupe de militants indépendantistes sahraouis qui bloquait la seule route vers la Mauritanie voisine.

Depuis, les troupes marocaines sont restées déployées dans la zone démilitarisée sous contrôle de la force d'interposition de l'ONU, afin de "sécuriser le trafic routier" sur cet axe commercial menant vers l'Afrique de l'Ouest.

Le Polisario conteste la légalité de cette route – qualifiée de "brèche illégale" –, contraire selon lui à l'accord de cessez-le-feu signé en 1991 sous l'égide de l'ONU.

La question du statut du Sahara occidental, considéré comme un "territoire non autonome" par l'ONU en l'absence d'un règlement définitif, oppose depuis des décennies le Maroc aux indépendantistes sahraouis.

Le Polisario réclame un référendum d'autodétermination prévu par l'ONU tandis que le Maroc, qui contrôle plus des deux tiers de ce vaste territoire désertique, propose un plan d'autonomie sous sa souveraineté.

Négociations suspendues depuis mars 2019

Les négociations menées par l'ONU et impliquant le Maroc, le Polisario, l'Algérie et la Mauritanie, sont suspendues depuis mars 2019. Échaudé par 30 ans de statu quo, le Polisario se dit prêt à reprendre les pourparlers mais exclut de déposer les armes.

"Par le passé, nous avons accordé toute notre confiance à la communauté internationale et avons arrêté le combat armé de manière définitive. Nous avons attendu 30 ans. Trente ans de promesses non tenues, de tergiversations et d'attente intenable", a déploré cette semaine un haut responsable du ministère sahraoui de la Sécurité, Sidi Ould Oukal.

"Nous sommes prêts à négocier. Nous sommes prêts à toute médiation. Mais en même temps, nous maintenons la lutte armée sur la base de l'expérience passée", a expliqué Sidi Ould Oukal.

De son côté, la position du Maroc a été confortée par la reconnaissance par le président américain sortant Donald Trump d'une souveraineté marocaine sur la totalité du territoire disputé.

Cette reconnaissance liée à une normalisation diplomatique entre le Maroc et Israël est assortie d'une enveloppe de trois milliards de dollars (2,4 milliards d'euros) pour le "soutien financier et technique de projets d'investissements privés" au Maroc (y compris le Sahara occidental) et en Afrique subsaharienne.

Avec AFP