Sœur André doyenne de l'humanité: comment sont identifiées les supercentenaires comme elle?

Soeur André, 118 ans, le 10 février 2021 dans un Ehpad à Toulon, dans le Var - NICOLAS TUCAT © 2019 AFP
Soeur André, 118 ans, le 10 février 2021 dans un Ehpad à Toulon, dans le Var - NICOLAS TUCAT © 2019 AFP

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Sœur André, née Lucile Randon le 11 février 1904, a été désignée cette semaine nouvelle doyenne de l'humanité. Âgée de 118 ans, elle succède à la Japonaise Kane Tanaka et ses 119 ans, décédée le 19 avril 2022. Elle "est la troisième personne française la plus âgée et la troisième personne européenne la plus âgée jamais enregistrée", note le Guinness World Records, qui a confirmé le nouveau statut de sœur André.

Car avant d'établir que Lucile Randon était la personne la plus âgée présente sur Terre, il a fallu prouver son âge avec des documents officiels, et surtout chercher si une personne plus âgée qu'elle était connue. Il s'agit d'un véritable travail d’investigation qui est aujourd'hui réalisé par des chercheurs ou des passionnés.

D'abord une récupération de données

En France, le site Centenaires français, tenu par des bénévoles, s'occupe de recenser les personnes les plus âgées du pays. "95% de nos résultats viennent de recherches internet, généralement de la presse", qui met en avant une personne particulièrement âgée dans une commune ou un département, explique à BFMTV.com Laurent Toussaint, un des membres actifs de ce site.

"5% des autres cas viennent plutôt du bouche-à-oreille, de cas non médiatisés qui nous sont signalés par la famille ou des proches", raconte-t-il. "On récupère ces informations et on les stocke sur notre site, le classement est mis à jour quotidiennement."

Ces données regroupées sur leur page permettent d'avoir des listes des personnes les plus âgées en France, qui servent au niveau national, mais qui sont aussi fédérées à l'international par le Gerontology Research Group (GRG). Cette plateforme recense dans le monde les personnes très âgées, notamment les supercentenaires (personnes de plus de 110 ans), et se présente comme le "principal" organe de recherche "concernant les humains les plus âgés du monde".

Sur son site, le Guiness World Records explique d'ailleurs travailler avec le consultant en gérontologie américain Robert D. Young, directeur de cette base de données, pour identifier les doyens de l'humanité. "Il fédère toutes les informations de personnes passionnées sur ce sujet dans le monde", explique Laurent Toussaint.

"Plusieurs documents tout au long de leur vie pour prouver leur âge"

Les membres de Centenaires français sont une petite dizaine, ils ne font donc des enquêtes complètes que sur les cas de supercentenaires. "Pour un dossier validé il faut par exemple un acte de naissance, un acte de mariage, un acte de décès quand la personne est morte", explique Laurent Toussaint.

Peuvent s'y ajouter des informations de recensement, ou encore des coupures de presse. Puis, "on vérifie que tout concorde" pour confirmer le dossier.

"Les supercentenaires vérifiés disposent de plusieurs documents tout au long de leur vie pour prouver leur âge, y compris, au minimum, un document de début de vie ; un document à mi-vie ; et un document de fin de vie", explique également le GRG. Et ces "documents doivent être examinés pour montrer suffisamment de points de correspondance pour que le cas soit déterminé comme 'validé'."

D'autres organes recensent également les supercentenaires comme en Europe la "European Supercentenarians Organisation", qui demande le même type de documents, ou encore le projet IDL (International Database on Longevity).

Une information "non exhaustive"

Cette méthode, bien que rôdée, connaît plusieurs failles. D'une part, comme elle n'est pas organisée par une administration officielle, il y a des oublis. "L'INSEE publie tous les mois les décès mensuels contenant les supercentenaires, parfois on en voit qu'on n'avait pas recensé", déclare Laurent Toussaint. Ainsi "le titre de doyen des Français a déjà été accordé à quelqu'un alors qu'il n'était en réalité que numéro 2". En ce sens, il préfère parler de "doyenne connue", car d'autres pourraient exister.

"Comme toujours, l'information sur les vivants n'est pas exhaustive", expliquait en 2011 Jean-Marie Robine, chercheur sur la longévité à l'Inserm. "L'information que nous donnons est l'information publique. Certaines familles refusent que le nom de leur très âgé (parent) soit divulgué."

Au niveau international, le risque de désigner un faux doyen de l'humanité est décuplé. Certains, qui pourraient être désignés doyens de l'humanité, ne peuvent en effet pas présenter de preuves d'identité acceptables, car il n'y avait pas ou peu de recensement dans leur pays il y a 100 ans, ou ils peuvent les avoir perdues depuis.

Mais pour Laurent Toussaint, il n'y a pas de doute dans le cas de Sœur André. "Plus l'âge est important, plus la probabilité qu'il existe une personne plus âgée est moindre", déclare-t-il, et à 118 ans - soit à quatre années du record de la Française Jeanne Calment - "c'est très peu probable de trouver quelqu'un d'autre".

Article original publié sur BFMTV.com

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