Ce qui s'est passé quand je suis partie en Grèce donner des cours de musique aux réfugiés

Emmanuelle Stein
Ce qui s'est passé quand je suis partie en Grèce donner des cours de musique aux réfugiés (photo d'illustration).

"Quand je fais de la musique, j'oublie tout, les idées noires s'en vont", Ahmed, 17 ans, 11 décembre 2017, Exarchia, Athènes.

À peine arrivée à la Maison Orange ("Zaatar"), centre d'hébergement et culturel pour réfugiés d'Athènes situé en plein cœur du quartier anarchiste Exarchia, je cours m'acheter une guitare. Je trépigne d'impatience : demain matin, je ferai de la musique avec les réfugiés.

Je suis venue superviser la maison pendant l'absence de mon amie franco-grecque Marina, fondatrice de l'ONG.

Le lendemain, c'est le jour J. Une vingtaine de personnes, enfants, adolescents, adultes et même vieillards, se présentent. La Maison Orange n'ayant pas suffisamment d'instruments, j'ai tout prévu: les deux seules guitares de la maison iront aux guitaristes puis les autres chanteront, quant à ceux qui chantent faux, ils battront la mesure! Evidemment, rien ne se passe comme prévu. Lorsque je demande à une afghane de chanter la gamme classique de do majeur, elle entonne la gamme mineure harmonique... la gamme orientale. J'auditionne les autres mais elle est la seule à chanter juste. Adieu la chorale! Il faut donc improviser et très vite. Le rythme, c'est cela qu'on va faire. Je déchante rapidement: très peu ont le sens du rythme, et ceux qui l'ont ne peuvent s'empêcher d'accélérer à toute allure.

Les premiers cours sont laborieux. Les réfugiés sont ailleurs... Au bout de cinq minutes, ils perdent le fil. Ils se lèvent, gesticulent, parlent au téléphone, marchent en long et en large dans la salle de classe improvisée. Et pour cause.

Ahmed n'a pas où dormir depuis plus de deux semaines et passe ses nuits sur la Place Victoria. Pakistanais de 17 ans, son statut d'"homme célibataire" ne joue pas en sa faveur. Aucune ONG ne parvient à lui trouver un hébergement.

Fahed, syrien de 19 ans, est obsédé par Calais et l'Angleterre. Il veut à tout prix rejoindre la femme anglaise qu'il a épousée en transit dans un camp à Gaziantep mais son mariage n'est pas reconnu par le...

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