"Une sévère violation du droit constitutionnel à la vie privée" : en Israël, la Cour suprême dit non au flicage numérique

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La guerre contre le coronavirus ne justifie pas toutes les violations de la vie privée des citoyens. Cette position de principe a été adoptée haut et fort par les juges de la Cour suprême israélienne pour contrer les velléités d’une surveillance généralisée et permanente. Dès le début de l’épidémie, qui a fait jusqu’à présent 202 morts, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a ouvert la boîte de Pandore en donnant pratiquement carte blanche au Shin Bet, le service de sécurité intérieure.

L’organisation, chargée officiellement de la lutte contre le terrorisme, s’est ainsi vue octroyer des pouvoirs exorbitants. Pour la première fois, les agents du Shin Bet ont été autorisés à tracer les téléphones portables, les achats effectués par les cartes de crédit et d’autres données de personnes qui avaient eu le malheur d’être infectées. Objectif : repérer tous ceux qui ont été en contact avec ces malades à moins de deux mètres, pendant plus de 10 minutes, durant les deux précédentes semaines afin de les contraindre, sous peine d’amendes, à respecter une période de quarantaine.

Soixante-dix mesures d’exception

Cette pratique a été imposée aux termes de la législation sur l’état d’urgence en vigueur depuis la création du pays en 1948 et renouvelée chaque année. Ce qui permet de valider des dispositions sans avoir à faire voter de lois par la Knesset, le Parlement. Soixante-dix mesures d’exception ont été imposées par le gouvernement depuis le début de l’épidémie, un chiffre record qui n’avait jamais été approché même durant les guerres menées par Israël ou les Intifadas palestiniennes.

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