La série "Oussekine" sur Disney+ rappelle que cette affaire est tout sauf un fait divers

Les acteurs Malek Lamraoui (Ben Amar),  Naidra Ayadi (Fatna), Hiam Abbass (Aïcha), Mouna Soualem (Sarah) et Tewfik Jallab (Mohamed) incarnent la famille de Malik Oussekine (Photo: JEAN-CLAUDE LOTHER)
Les acteurs Malek Lamraoui (Ben Amar), Naidra Ayadi (Fatna), Hiam Abbass (Aïcha), Mouna Soualem (Sarah) et Tewfik Jallab (Mohamed) incarnent la famille de Malik Oussekine (Photo: JEAN-CLAUDE LOTHER)

Les acteurs Malek Lamraoui (Ben Amar), Naidra Ayadi (Fatna), Hiam Abbass (Aïcha), Mouna Soualem (Sarah) et Tewfik Jallab (Mohamed) incarnent la famille de Malik Oussekine (Photo: JEAN-CLAUDE LOTHER)

SÉRIES - Malik Oussekine est devenu “une sorte d’icône de la contestation populaire”, pourtant depuis 35 ans “personne ne s’était vraiment penché sur lui pour raconter son histoire”. Le réalisateur et coscénariste Antoine Chevrollier s’y est attelé avec justesse et poids dans la mini-série Oussekine, dont les 4 épisodes d’une heure sont disponibles depuis ce mercredi 11 mai sur la plateforme de streaming Disney+.

L’histoire, c’est celle de ce jeune étudiant de 22 ans, Français d’origine algérienne, mort sous les coups des policiers du “peloton voltigeur” dans le hall d’un immeuble du Quartier latin dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, en marge des manifestations estudiantines contre le projet de loi Devaquet. Mais il serait bien trop réducteur de n’en dire que ça.

Derrière le symbole Oussekine, la douleur

Une “tragédie générationnelle” pour l’acteur Slimane Dazi qui incarne le père de Malik Oussekine dans la fiction, un “fait de société majeur qui doit être considéré comme tel” pour Antoine Chevrollier, la série s’accorde à montrer à quel point l’affaire Malik Oussekine est tout sauf un fait divers. Elle est évidemment aujourd’hui indissociable du combat contre les violences policières, mais aussi intimement liée à l’histoire de l’immigration post-coloniale via la trajectoire de la famille Oussekine. Elle évoque aussi la situation politique de la France qui vivait une cohabitation ou encore le contexte social. Sans oublier le drame familial au cœur de ces quatre épisodes qui reposent sur un casting irréprochable.

“On voulait aller derrière le portrait figé qu’on a vu de Malik sur les pancartes des manifestations”, explique au HuffPost Faïza Guene, autrice et co-scénariste de la série aux côtés de Cédric Ido, Julien Lilti et Lina Soualem, “pour montrer que derrière le symbole, derrière le nom, il y a une histoire réelle, une douleur”. Pour y parvenir, le récit se découpe en trois strates distinctes qui cohabitent.

D’abord le temps présent, qui suit le combat de la famille de Malik jusqu’au procès des deux policiers, puis une autre se concentrant sur les dernières heures du jeune homme. Enfin, la dernière strate inscrit l’histoire individuelle de la famille Oussekine dans celle de la France, comme cette reconstitution poignante du massacre d’Octobre 1961 où des manifestants algériens sont jetés dans la Seine par des policiers.

La série n’omet pas non plus d’évoquer comment l’État français a menti sur les circonstances de sa mort et tenté de “justifier” les coups de ses policiers. “Attention, si on ne trouve rien [sur Malik Oussekine], il vont nous en faire un martyr”, lance le personnage Robert Pandraud, ministre délégué à la Sécurité au moment des faits. C’est lui qui, trois mois après le drame, déclenchait une nouvelle polémique en déclarant à des journalistes du Monde que Malik Oussekine “n’était pas le héros des étudiants français qu’on a dit” et en ajoutant: “Si j’avais un fils sous dialyse, je l’empêcherais de faire le con dans la nuit”.

Tout au long de l’écriture et même du tournage, Antoine Chevrollier a pu compter sur “la bénédiction” de Sarah, Ben Ammar et Mohamed Oussekine, sœur et frères du jeune étudiant battu à mort par des policiers en 1986. Grâce à de longs entretiens, mais aussi des rencontres avec certains des acteurs de la fiction, ils ont “permis de charger le récit de véracité”. Le réalisateur, à qui l’on doit des épisodes d’Engrenages, du Bureau des Légendes ou de Baron Noir, s’est aussi entretenu avec l’avocat de la famille Oussekine, Georges Kiejman, le médecin réanimateur intervenu le soir du drame ou encore des policiers et journalistes qui ont suivi l’affaire.

Sayyid El Alami dans le rôle de Malik Oussekine, mort à 22 ans sous les coups de deux policiers dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986 (Photo: JEAN-CLAUDE LOTHER)
Sayyid El Alami dans le rôle de Malik Oussekine, mort à 22 ans sous les coups de deux policiers dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986 (Photo: JEAN-CLAUDE LOTHER)

Sayyid El Alami dans le rôle de Malik Oussekine, mort à 22 ans sous les coups de deux policiers dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986 (Photo: JEAN-CLAUDE LOTHER)

Et peu importe le niveau de lecture du récit auquel le spectateur sera le plus sensible, on ne peut que s’attacher au destin de cet étudiant de 22 ans, joué à l’écran par Sayyid El Alami. Avant de prendre de plein fouet l’injustice profonde de cette mort violente que la série ne se cache pas de montrer. “Pour accepter, il faut ressentir, et pour ressentir il faut voir. Alors il fallait aussi montrer cette violence”, souffle Antoine Chevrollet lorsqu’on l’interroge sur la difficulté de filmer la scène où Malik Oussekine est roué de coups par les policiers.

“La justice par la mémoire”

Les deux membres du “peloton voltigeur motocycliste”, le brigadier Jean Schmitt et le gardien Christophe Garcia, 53 et 23 ans à l’époque des faits, ont été jugés trois ans plus tard aux assises de Paris pour “coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner”. Ils ont été condamnés le 27 janvier 1990 à des peines de prison avec sursis (cinq et deux ans respectivement).

À l’époque, ces condamnations marquent “une première”, se souvient auprès de l’AFP l’avocat Georges Kiejman, rappelant que jusqu’ici les policiers mis en cause dans ce genre de faits n’étaient jamais poursuivis. Mais pour la famille de Malik Oussekine et des milliers de Français, l’injustice est immense. Environ 2000 personnes ont manifesté le surlendemain du procès devant le Palais de Justice contre “ce verdict de clémence”.

Depuis l’histoire avait été trop peu racontée. Ni le cinéma, ni la télévision française ne s’en étaient emparés. Jusqu’à cette série du géant américain Disney+ en quatre épisodes, en ligne dans le monde entier ce mercredi 11 mai. Coïncidence du calendrier, Rachid Bouchareb présente le film Nos frangins, qui en est aussi inspiré, en avant-première au Festival de Cannes.

“Il était vraiment temps de faire une fiction basée sur ces faits réels”, insiste le comédien Slimane Dazi, “pour que la singularité de cette histoire familiale réveille l’inconscient collectif. C’est un pan de l’histoire qu’on doit faire revivre”. Pour “apporter d’une certaine façon de la justice par la mémoire”, complète l’interprète Sayyid El Alami. Et ne plus jamais oublier.

À voir également sur Le HuffPost: 30 ans après les émeutes de Los Angeles, le message de paix de la fille de Rodney King

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

LIRE AUSSI

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles