Séparatisme : le Sénat durcit le texte du gouvernement et veut interdire les prières à l'université

Jules Pecnard avec AFP
·4 min de lecture

Accusée de viser indirectement les musulmans à travers ses amendements au projet de loi, la droite sénatoriale assume, par la voix de son patron Bruno Retailleau, de vouloir sensiblement le "corser".

"Nous, on va le corser ce texte." Le mot d'ordre, donné d'entrée de jeu par la droite sénatoriale, est sans ambiguïté. Il a été résumé ainsi ce jeudi matin sur BFMTV par Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains à la Chambre haute, en allusion au projet de loi confortant les principes républicains, censé combattre le séparatisme. Depuis qu'il est examiné au Sénat en première lecture, les amendements de durcissement du texte s'empilent. À tel point que les LR se voient accuser de vouloir stigmatiser les musulmans. 

Mercredi soir par exemple, dans le cadre du volet consacré aux sports, ils ont voté des amendements visant à interdire le port du voile islamique dans les compétitions nationales officielles. Et ce, bien sûr, malgré des avis "défavorables" de la ministre chargée des Sports, Roxana Maracineanu. Comme d'autres dispositions ajoutées par les sénateurs LR, les députés La République en marche pourront les supprimer dans la suite de la navette parlementaire. 

Voile et clubs sportifs

La séquence offre toutefois une vitrine à la droite pour faire montre de son intransigeance vis-à-vis du communautarisme. Le Sénat a ainsi voté un amendement porté par Michel Savin (Isère) qui prévoit l'interdiction du "port de signes religieux ostensibles" dans les compétitions organisées par les fédérations sportives.

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"Nous aimerions préserver le fait que la pratique de la population soit considérée comme de l'espace public où le principe de laïcité s'impose, et non pas celui de la neutralité", a répondu Roxana Maracineanu.

"Prosélytisme" à l'université? 

La veille, la droite a introduit une série de mesures concernant l'université, visant notamment à interdire "les prières dans les couloirs". Ces nouveaux articles ont été adoptés contre l'avis du ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, et sous les vives protestations de la gauche. 

Les troupes de Bruno Retailleau ont ainsi souhaité interdire l'exercice du culte dans l'ensemble de l'enceinte des établissements publics d'enseignement supérieur, en excluant les aumôneries.  

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"On vise les prières dans les lieux inappropriés", comme "les couloirs des universités", "pas autre chose", a précisé le rapporteur LR Stéphane Piednoir (Maine-et-Loire). Les sénateurs ont également interdit les "actions de prosélytisme ou de propagande de nature à perturber les activités d'enseignement et de recherche".

La gauche en colère 

Sur BFMTV ce jeudi, Bruno Retailleau a affirmé que sa réflexion sur ces supposées salles de prières s'est faite sur la base d'un "témoignage d'un président d'université". Le sénateur de Vendée rapporte ainsi que dans "certaines classes" de cette université étaient "fermées" le vendredi pour être "transformées en salles de prières, dans les couloirs". 

"Ils ne sont pas à l'université, les jihadistes (...). Nous voulons des universités libres", s'est emportée l'écologiste Esther Benbassa (Paris) en séance mardi. L'université "est structurellement un lieu où on débat", a abondé le socialiste Jean-Pierre Sueur (Loiret).

"La controverse ce n'est pas l'entrave, ce n'est pas la pression, ce n'est pas des menaces", a rétorqué le LR Max Brisson (Pyrénées-Atlantiques), citant des exemples récents de conférences empêchées de se tenir.

"Surenchère politique"

A encore été adoptée une disposition prévoyant qu'une association ne puisse bénéficier d'une mise à disposition de locaux si elle n'a pas signé le contrat d'engagement républicain. Le Sénat a enfin voté un amendement de Max Brisson visant à interdire les listes communautaires aux élections étudiantes.

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"On est en train de jeter l'opprobre sur tout ce qui se passe à l'université, ce qui s'est passé et ce qui se passera demain", a déploré la communiste Cécile Cukierman (Loire), tandis que la socialiste Sylvie Robert (Ille-et-Vilaine) dénonçait "une forme de surenchère politique qui devient préoccupante parce que ça rate sa cible".

"Froid dans le dos"

Le Sénat n'a en revanche pas adopté un amendement porté par le LR Jérôme Bascher (Oise) visant à interdire le port du voile, ou tout signe "ostentatoire ou prosélyte", à l'université.

Cet amendement a "fait froid dans le dos" du centriste Loïc Hervé (Haute-Savoie) et a suscité le rejet aussi bien de Jean-Michel Blanquer que de Stéphane Piednoir. Pour le rapporteur, "la situation n'est pas comparable" à celle de l'école, notamment parce que les étudiants "sont de jeunes adultes". Le Sénat poursuit l'examen du texte ce jeudi. La tonalité des interventions au sein du groupe LR ne risque pas de s'adoucir. 

Article original publié sur BFMTV.com

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