Séparatisme: le gouvernement défend son "remède" devant les députés

Gregory DANEL
·4 min de lecture

L'Assemblée nationale a donné le coup d'envoi lundi de débats hautement sensibles autour du projet de loi contre le "séparatisme", qui doit renforcer l'arsenal contre l'islamisme radical. Le gouvernement défend un "remède" pour un "pays malade" face aux oppositions circonspectes où Jean-Luc Mélenchon dénonce une "bouillie d'amalgames".

A l'ouverture des débats sur le projet de loi "confortant le respect des principes républicains", la séance a connu un bref coup de chaud avec une passe d'armes entre le chef de file des députés LFI et la majorité.

Le leader "insoumis" a défendu sans succès une motion de rejet préalable largement repoussée par 4 voix pour et 149 voix contre (10 abstentions) dans un hémicycle où les députés de la majorité avaient choisi d'être présents en nombre.

"C'est une loi inutile et pour le reste dangereuse car elle menace les libertés", a tancé M. Mélenchon. Elle "ouvre la porte à un déferlement que nous ne connaissons que trop" visant les musulmans.

"Où avez-vous vu les démons que vous dénoncez si ce n'est dans votre propre tête?", lui a répondu le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin.

La tension est ensuite redescendue de plusieurs crans en même temps que les travées se clairsemaient pour cette première soirée d'un examen prévu pour durer deux semaines.

Exécutif et responsables de la majorité ont jusqu'ici réussi à désamorcer les polémiques internes ou venues des oppositions de droite comme de gauche, comme par exemple sur la question du voile.

"Le texte a été bien mené en amont et ça a créé un climat apaisé dans la forme. On a fait mentir ceux qui prédisaient que ça allait être une boucherie politique", se félicite un député LREM. Cela n'empêche pas l'offensive des oppositions, en particulier à droite.

Les LR déplorent que le texte fasse ainsi l'impasse sur la "question migratoire, la radicalisation dans nos prisons ou dans nos entreprises privées".

- "OPA islamiste" -

Ils dévoileront mardi un contre-projet. Marine Le Pen a déjà présenté vendredi sa contre-proposition pour bannir les "idéologies islamistes" et interdire le port du voile dans tout l'espace public.

"Ceux qui souhaitent absolument prendre des mesures encore plus dures, encore plus polémiques, simplement pour se refaire la cerise politique, sont les idiots utiles de ces islamistes", a cinglé Gérald Darmanin, sur France Inter.

Côté gouvernement, outre M. Darmanin, Eric Dupond-Moretti (Justice), Jean-Michel Blanquer (Education) ou Marlène Schiappa (Citoyenneté) sont au banc pour défendre un texte qu'un député de l'opposition juge "riquiqui" et "fourre-tout".

Au menu, 70 articles examinés selon un "temps législatif programmé" de 40 heures pour cadrer les débats (hors temps d'interventions des ministres et rapporteurs). Près de 2.650 amendements ont été déposés.

"Notre pays est malade d'un séparatisme dont le premier d'entre eux, l'islamisme, gangrène notre unité nationale", a déclaré M. Darmanin. La laïcité qui garantit "la pluralité religieuse, la neutralité de l'Etat et de ses agents, la liberté de culte", est le "remède contre une partie de ce qui nous ronge".

"Ce texte, cette majorité ne combat pas les religions", mais "l'OPA islamiste", a fait valoir le ministre, qui pour appuyer son propos a ouvert la voie à une réouverture précoce de la mosquée de Pantin (Seine-Saint-Denis) fermée pour six mois car accusée par les autorités d'avoir relayé des propos ayant conduit à l'assassinat de Samuel Paty le 16 octobre.

Le projet de loi prévoit une batterie de mesures sur la neutralité du service public, la lutte contre la haine en ligne, l'instruction en famille, le contrôle renforcé des associations, une meilleure transparence des cultes et de leur financement, et encore la lutte contre les certificats de virginité, la polygamie ou les mariages forcés.

Il doit traduire le discours d'Emmanuel Macron le 2 octobre aux Mureaux, où le chef de l'Etat avait présenté sa stratégie, longtemps attendue, pour lutter contre l'islam radical.

A gauche, on regrette la faiblesse du volet social et des mesures de lutte contre les discriminations.

"Vivra-t-on moins séparé après la loi?" s'est faussement interrogé le socialiste Boris Vallaud.

Ce constat critique trouve un écho jusqu'à l'aile gauche de LREM. Le gouvernement fait lui valoir un futur plan en faveur de l'égalité des chances.

grd/vm/dch