«Séparatisme»: les droites prêtes à batailler à l'Assemblée

·3 min de lecture

En France, l'Assemblée nationale entame ce lundi le premier acte de l'examen du projet de loi « confortant le respect des principes républicains ». D'abord séduites puis déçues, la droite et l'extrême droite veulent aller plus loin.

Il sera sans doute l'un des derniers grands textes du quinquennat Macron. Censé traduire son discours aux Mureaux, où le chef de l'État avait présenté sa stratégie pour lutter contre l'islam radical, le projet de loi « confortant le respect des principes républicains » entre dans l'arène du palais Bourbon. Dans un pays où la laïcité est au cœur des crispations, et même si la perspective d'un nouveau reconfinement écrase toute l'actualité, le sujet est potentiellement archi-sensible.

Le projet de loi prévoit une batterie de mesures souvent « techniques » sur la neutralité du service public, la lutte contre la haine en ligne, l'instruction en famille, le contrôle renforcé des associations, une meilleure transparence des cultes et de leur financement, et encore la lutte contre les certificats de virginité, la polygamie ou les mariages forcés.

Contre-projet

« Mais pourquoi aucune mesure ne traite de la question du voile ? » s'emporte Pierre-Henri Dumont. Comme beaucoup à droite, le député Les Républicains (LR) avait été plutôt séduit par le discours d'Emmanuel Macron aux Mureaux. Mais la traduction législative est nulle, regrette aujourd'hui l'élu.

Pour faire entendre leur voix, les LR compte donc batailler dans l'hémicycle, forts de leurs 100 députés. Dans leur viseur, l'absence de mesure phare. Pour y remédier, un contre-projet LR sera présenté mardi. Il pourrait notamment élargir l'interdiction du port du voile aux accompagnateurs scolaires ou à l'université.

Le Pen veut interdire le port du voile dans la rue

Marine Le Pen regrette elle aussi que l'esprit du discours des Mureaux ne se retrouve pas dans le texte. Dans un projet de loi présenté vendredi, cette fois, la présidente du Rassemblement national va beaucoup plus loin.

Elle revendique vouloir interdire l'idéologie islamiste et le port du voile dans la rue. À ceux qui pointent le risque de surenchère, elle répond à 15 mois de la présidentielle que l'offensive islamiste est la guerre mondiale du XXIe siècle.

À lire aussi : « Séparatisme » : vers une guerre de tranchées à l’Assemblée

Une batterie de mesure pour faire évoluer la laïcité

L'article qui sera le plus débattu, avec quelque 400 amendements déposés, prévoit que l'instruction en famille ne soit plus possible sur déclaration mais uniquement sur autorisation et dans des cas bien particuliers. Côté éducation, le texte ambitionne aussi de renforcer l'encadrement des écoles sans contrat avec l'État, en introduisant notamment un « régime de fermeture administrative » « en cas de dérive ».

Le renforcement des contrôles vise aussi les associations cultuelles et leur financement. Les dons étrangers supérieurs à 10 000 euros devront par exemple être déclarés, tandis qu'une clause dite « anti-putsch » vise à empêcher ces associations de tomber sous la coupe d'extrémistes. Le projet de loi prévoit d'étendre la neutralité religieuse aux entreprises privées chargées d'une mission de service public ou encore d'autoriser les préfets à suspendre des décisions de maires qui ne respecteraient pas cette neutralité dans les services publics de leur ressort, comme la cantine ou les équipements sportifs.

Autant de mesures qui font dire au chercheur Philippe Portier que la laïcité établie par la loi de 1905 risque d'en « sortir profondément transformée ». « Elle était fondée sur une intervention minimale de l'État qui là devient maximale, on passe à une laïcité de sécurité », estime le spécialiste. On retrouve également dans ce texte des mesures pour lutter contre les certificats de virginité et les mariages forcés, ou encore la haine sur internet. Une disposition rajoutée après l'assassinat du professeur Samuel Paty en octobre dernier.

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles