Sénégal: le M2D suspend son appel à la manifestation pacifique prévue samedi 13 mars

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Le Mouvement de défense de la démocratie a décidé de suspendre son appel à manifester pacifiquement après un échange avec l'émissaire du khalife général de la confrérie mouride.

Dans un communiqué, le M2D indique avoir « accepté la demande de report » formulée par l'influent chef religieux Serigne Mountakha Mbacké. « En retour », le M2D indique avoir transmis au khalife un mémorandum de 10 revendications, notamment « la libération immédiate et sans conditions des prisonniers politiques incarcérés », l'« arrêt de la persécution des opposants, y compris par le biais des écoutes téléphoniques et des espionnages ».

Pour ce qui est de l’opposant Ousmane Sonko, dont l’arrestation avait été le déclencheur de ces mouvements de colère, le M2D demande à ce que soit mis fin immédiatement « au complot politico-judiciaire fomenté contre » lui et de s’engager « à ne plus émettre à son encontre la moindre charge ».

Le M2D demande par ailleurs au chef de l’État qu’il s’engage publiquement à organiser des élections locales en 2021, des législatives en 2022 et la présidentielle en 2024 dans « des conditions libres et démocratiques ». Il lui demande également de « reconnaître publiquement l'impossibilité constitutionnelle et morale » à briguer un 3e mandat.

Si le mouvement annonce la suspension sine die des marches, il ne précise pas pour autant les villes concernées. D’après les informations de RFI, la marche serait maintenue à Saint-Louis. Des informations qui restent à confirmer.

Ce mémorandum intervient alors que ce vendredi était un jour de deuil au Sénégal à l’appel du collectif M2D en mémoire des victimes des affrontements de la semaine dernière.

Les facteurs de la mobilisation

Si le M2D suspend les manifestations, le bras de fer n’est pas terminé pour autant. Cette crise révèle les tensions qui existent dans la société sénégalaise. Trois grands facteurs se dégagent pour expliquer cette mobilisation, l’une des plus importantes de ces dernières décennies au Sénégal.

L’affaire Sonko cristallise la colère latente, le désespoir d’une jeunesse qui se sent abandonnée depuis de longues années par ses dirigeants et dont le quotidien est chaque jour plus difficile, notamment depuis la crise du coronavirus. Les inégalités, le chômage, l’absence de perspectives dans un pays où 70% des habitants ont moins de 35 ans, exacerbe les tensions.

Ensuite, cette crise révèle une certaine forme de défiance envers la justice. Pour de bonne ou de mauvaises raisons, beaucoup ont vu dans cette affaire une preuve supplémentaire de l’instrumentalisation de la justice, après les condamnations de Karim Wade le fils de l’ancien président et Khalifa Sall, l’ancien maire de Dakar.

Le pouvoir a beau expliqué qu’il s’agit d’une plainte privée dans une affaire de mœurs, que la justice est indépendante, le message a du mal a passé, ce qui a poussé dans la rue bon nombre de manifestants, convaincus que le but ultime est d’écarter l’opposant de la course à la présidentielle en 2024

Autre grand facteur de mobilisation ; la question du 3eme mandat. Lors de sa traditionnelle interview du 31 décembre, le président Macky Sall a rappelé sa position : le ni oui ni non. « Il achève son 2e mandat. Il aurait dû dire tout simplement non » , explique un étudiant.