Sénégal: la désescalade est réelle mais la crise n’est pas éteinte

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L’opposition avait suspendu ses manifestations, la journée a donc été calme samedi à Dakar, même si le déploiement des forces de défense et de sécurité est toujours bien visible aux points stratégiques de la ville.

Avec notre envoyée spéciale à Dakar, Carine Frenk

Après une rencontre avec les émissaires du khalife général des mourides, une des grandes confréries musulmanes du Sénégal, le Mouvement de défense de la démocratie (M2D) qui soutient l'opposant Ousmane Sonko, exige notamment la « libération immédiate » de ceux qu'il considère comme des « prisonniers politiques » et de mettre « fin immédiatement au complot politico-judiciaire fomenté contre Ousmane Sonko ». Le M2D appelle cependant « le peuple à rester mobilisé et attentif » mais ne fixe pas de nouvelle date pour des manifestations. C’est la deuxième fois que des médiateurs parviennent à faire baisser la tension.

Depuis plus d’une semaine, des guides religieux, des membres la société civile, des hommes politiques et même des acteurs économiques s’activent, en coulisse et parfois en public. « Cette crise a été trop violente. On ne voulait pas d’un scenario à la malienne, il fallait absolument calmer les esprits », confie une personnalité de la société civile qui ajoute : « On passe des heures au téléphone, chacun joue de ses réseaux et fait ce qu’il peut. »

Alioune Tine, qui fait lui aussi partie de ces médiateurs, reconnait que le processus est très compliqué. « Les acteurs politiques font chacun leurs calculs », fait-il remarquer. « L’opposition est hétéroclite et dans le camp du chef de l’État, l’une des difficultés est de ménager une porte de sortie honorable. Le pouvoir ne veut pas montrer qu’il agit sous la pression de la rue. »

Après les violences inédites de ces derniers jours, la désescalade est réelle mais la crise n’est pas éteinte. « Tant que les prisonniers ne seront pas libérés, des tensions seront possibles d’autant que les arrestations se sont poursuivies cette semaine », explique un défenseur des droits de l’homme qui espère un dénouement rapide sur cette question.

La crise n’est pas derrière nous, loin de là, renchérit Alioune Tine. « La question de l’avenir judiciaire d’Ousmane Sonko doit être réglée, dit-il, celle du troisième mandat sans oublier bien sur les problèmes sociaux qui sous-tendent tout le mouvement. »

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