Séisme en Haïti: «Si je ne tiens pas bon, les miens risquent de mourir»

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Albert Saint-Cyr vit à Anse-à-Veau, dans le département des Nippes. Sa maison s’est effondrée lors du tremblement de terre du 14 août 2021. Comment se relever après avoir tout perdu ? Témoignage.

De nos envoyés spéciaux dans Les Nippes,

Quand nous rencontrons Albert Saint-Cyr, il est assis sur un vieux matelas à l’ombre des décombres de sa maison, une pioche d’agriculteur posée à ses pieds.

Albert Saint-Cyr : Le matin du séisme, j’étais là, sous ce cocotier. Ma femme et deux de nos enfants étaient assis sous la galerie de la maison et une autre de nos filles dormaient à l’intérieur. La terre a commencé à trembler et la maison s’est effondrée. Ma femme et les enfants se sont sauvés de justesse en sautant de la galerie. Ma fille de douze ans, elle, était sous les décombres. On la croyait morte. On a crié. J’ai commencé à enlever les gravats de toutes mes forces pour me frayer un chemin jusqu’à elle. J’ai creusé comme un fou. Mais après dix minutes, elle a réussi à sortir toute seule des décombres. Elle était couverte de poussière blanche. Et elle s’est écroulée par terre. Elle saignait du nez. Je l’ai attrapée et je l’ai emmenée à moto à l’hôpital à Miragoane. Elle a été hospitalisée pendant six jours. À sa sortie de l’hôpital, j’ai été consulté un guérisseur qui s’appelle Inaès. À notre arrivée chez ce guérisseur, il y avait déjà plus d’une soixantaine de blessés. La semaine dernière, un hélicoptère est venu chercher les blessés les plus graves.

Comment êtes-vous logés en ce moment, vous et votre famille ?

Nous avons érigé une petite tente chez le voisin d’en face. Ici, quand il pleut, notre cour est inondée. On essaye de s’abriter en attendant. Nous vivons ainsi avec nos enfants. Nous sommes sept. Jusqu’à présent nous n’avons reçu aucune aide. Même pas un sachet d’eau.

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De quoi vivez-vous ?

On vit de ce qui pousse dans nos champs. Depuis hier, je plante des bananiers. C’est de ça que nous vivons. Depuis une semaine, je ne fais que couper des bananes. On y ajoute des légumes pour faire une soupe. Et puis on mange. Je vais continuer ainsi. Vous êtes les premiers à venir et à nous poser des questions.

Pouvez-vous déjà évaluer vos pertes ?

Nous avons perdu beaucoup de choses. Beaucoup d’affaires de ma femme sont encore sous les décombres. Je suis en train de contacter quelques copains pour m’aider avec le déblaiement. Ça fait partie de mes soucis. Donc je suis en train de réfléchir : comment avoir un peu d’argent afin qu’elle puisse racheter le nécessaire ? Chacun a besoin de ses petites affaires personnelles. Ça rassure. C’est pareil pour les enfants. Beaucoup de choses qui leur appartenaient ont également été perdues. Bientôt ça va être la rentrée des classes. Ce matin, j’ai acheté à crédit sept mètres de tissu que j’ai remis au tailleur pour qu’il confectionne les uniformes d’école pour mes enfants. Les enfants doivent aller à l’école, coûte que coûte. Parce que l’école, c’est la vie. Après j’ai dû convaincre le tailleur de commencer le travail, alors que je n’ai pas pu le payer tout de suite. Je lui ai dit : « Débrouille-toi, je reviens vers toi. » Donc je me suis assis, ici, ce matin pour réfléchir à comment faire pour nourrir ma famille. Il faut qu’ils mangent… Aujourd’hui et demain aussi.

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Vous êtes assis à l’ombre des décombres de votre maison dans laquelle vous aviez investi beaucoup de temps et beaucoup d’argent. Que ressentez-vous en regardant ces décombres ?

J’éprouve beaucoup de tristesse et je suis conscient de nos pertes. Nous avons perdu notre maison. Il faut que je m’arme de courage pour faire face à cette situation. Je me demande comment je vais déblayer. En attendant, je dois installer un abri digne de ce nom construit avec des bâches et des tôles pour nous loger. Donc de temps en temps, je viens ici, je m’assois pour réfléchir. Et après ça, je repars dans mes champs et je m’organise.

Comment faites-vous pour trouver autant de courage ?

Je suis obligé. Je suis le chef de la famille. Si je lâche, les autres vont s’effondrer. Je suis obligé de faire preuve de courage parce que je suis un homme. Je me résigne pour que je puisse soutenir le reste de la famille. Si moi je me lamente au lieu de tenir bon, les miens risquent de mourir.

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