Sécheresse : on peut désormais marcher dans le lit du Paraná, deuxième fleuve d’Amérique du Sud

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Des personnes qui marchent dans le lit du fleuve Paraná, entre l’Argentine et le Paraguay : c’est ce que montre une vidéo récemment diffusée sur les réseaux sociaux et devenue virale. Ce fleuve - le deuxième d’Amérique du Sud - a atteint son niveau le plus bas depuis des décennies, ce qui affecte l’environnement et l’économie locale. La faute à une sécheresse historique, liée aux activités humaines.

Dans cette vidéo diffusée début août, on voit des personnes marcher sur des pierres. La femme qui filme commente : "Nous sommes en train de marcher dans le lit du fleuve Paraná. C’est vraiment très triste [...]. Regardez : le Paraguay, en face… L’île Caraguatay… Voyez l’eau qui reste… La côte argentine, sur laquelle nous marchons... [...]"

Le lit du fleuve Paraná, quasiment à sec, au niveau de l’île Caraguatay, entre la province argentine de Misiones et le Paraguay (géolocalisation ici) : vidéo diffusée le 8 août et reprise dans de nombreux médias.

Long d’environ 5 000 kilomètres, le Paraná est le deuxième fleuve le plus long d’Amérique du Sud, après l’Amazone. Il prend sa source au Brésil, longe le Paraguay, et s’écoule vers l’Argentine, pour se jeter dans l’Atlantique.

Le plus bas niveau du fleuve depuis 1944

La vidéo ci-dessus a été reprise dans de nombreux médias. Pourtant, depuis des mois, de nombreuses autres images du fleuve asséché, prises à différents endroits, ont également été diffusées, car ses eaux ne cessent de descendre depuis deux ans. Selon l’Institut national de l’eau argentin, le Paraná a atteint son plus bas niveau depuis 1944, et de nouveaux records pourraient être battus dans les prochains mois.

L’île Caraguatay, entre la province argentine de Misiones et le Paraguay (comme dans la première vidéo) : vidéo tournée par un drone, par Marcos E. Sosa et deux de ses amis, le 15 août.

Photos prises par Vale Silva Kupervaser, dans la province argentine de Corrientes, le 7 juillet 2020 (bas) et le 15 février 2021 (haut).

Photos prises pour la plupart par Vale Silva Kupervaser, dans la province argentine de Corrientes, entre 2018 et 2020.

"Les poissons meurent"

Alejandro Aguirre habite à Resistencia, une ville située au bord du fleuve Paraná, dans la province argentine du Chaco.

La baisse du niveau du fleuve est notoire depuis deux ans environ. Dans la ville de Corrientes, c’est ce qui a permis de découvrir un "tunnel" par exemple : il n’était pas visible quand l’eau était plus haute. [Selon un historien, il servait à évacuer les eaux pluviales de la ville dans les années 1920-30, NDLR.]

Le plus préoccupant, avec la baisse du niveau de l’eau, c’est l’impact sur la faune. Les poissons meurent lorsqu’ils se retrouvent par exemple coincés dans des lagunes, qui s’assèchent petit à petit et se transforment en flaques d’eau.

Des poissons morts : photos prises par Alejandro Aguirre, près de Resistencia, dans la province argentine du Chaco, à la mi-août.

Mais cette situation a également un impact pour l’homme. Par exemple, tout près d’ici, dans la localité de Barrio San Pedro Pescador, les gens vivent de la pêche, avec leurs filets. Or, il y a quelque temps, le gouvernement leur a interdit de continuer à pêcher car les espèces de poissons sont en danger, même s’ils sont ensuite arrivés à un accord pour les laisser pêcher à certains endroits. Donc les pêcheurs sont directement affectés.

Sinon, il y a des bateaux qui sont enlisés dans le sable, et il n’est plus possible de pratiquer la pêche sportive, ce qui affecte le tourisme.

Le 11 août, des pêcheurs artisanaux ont vendu des poissons à petits prix sur la place du Congrès, à Buenos Aires, la capitale argentine, pour demander de l’aide, en raison de la crise que connaît le secteur liée à la baisse du niveau du Paraná.

Des bateaux à sec, au club nautique de Villa Constitución, dans la province argentine de Santa Fe : photo prise depuis un drone par Diego Soreira, début août.

La baisse du niveau du Paraná a également d’autres effets sur l’économie. Alors que 80 % des exportations agricoles argentines transitent sur ce fleuve, les bateaux transportant les marchandises doivent réduire leur chargement pour éviter de s’échouer, ce qui génère des surcoûts : selon la Bourse de Rosario (province de Santa Fe), le secteur agro-industriel de la zone aurait déjà perdu 315 millions de dollars entre mars et juillet, principalement pour cette raison. De plus, les bateaux ne peuvent plus accéder au port de Barranqueras, dans le Chaco, selon le président du Conseil hydrique fédéral argentin.

Autre problème : l’approvisionnement en eau potable - traitée après avoir été extraite du fleuve - pourrait être de plus en plus problématique dans les prochains mois. Interviewé par notre rédaction, un habitant de la ville Paraná, dans la province argentine d'Entre Ríos, a indiqué que des coupures d’eau avaient déjà eu lieu dans certaines villes, programmées par les municipalités.

"La savanisation de l’embouchure du fleuve est directement liée aux activités humaines"

Lucas Micheloud est un avocat spécialiste des questions environnementales, à Rosario, dans la province argentine de Santa Fe. Il est membre de l’association argentine des avocats pour l’environnement.

La savanisation de l’embouchure du fleuve est directement liée aux activités humaines, au Brésil, au Paraguay et dans le nord de l’Argentine.

Il y a de la déforestation, des incendies de forêts… Rien qu’en 2020, plus d’un million d’hectares de forêts sont partis en fumée en Argentine. La terre est ensuite utilisée pour la monoculture, l’élevage intensif, ou encore des projets immobiliers : il y a donc une transformation de l’usage des sols. Or, si la forêt diminue, il y a moins d’eau qui ruisselle vers les cours d’eau et moins de pluie. [Ces derniers temps, le manque de pluie a été particulièrement marquant au Brésil, NDLR.]

De plus, la situation actuelle s’explique par le dragage du fleuve [et par la construction d’infrastructures, telles que des ponts et des barrages, selon d’autres spécialistes, NDLR].

Par ailleurs, cette sécheresse est aggravée par le réchauffement global.

Depuis l’an dernier, un projet de loi relatif aux "zones humides" est en discussion au Parlement argentin : il permettrait de protéger ces zones, qui représentent près du quart du territoire argentin. Mais il se heurte à une forte opposition, menée par les secteurs miniers, agricoles… De plus, même si la sécheresse que l’on observe est régionale, il faut apporter des réponses globales.

Le 26 juillet, le gouvernement argentin a déclaré "l’état d’urgence hydrique" pour 180 jours, dans les provinces traversées par le Paraná.

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