Sécheresse : Les patates vont-elles manquer comme en 1976 ?

La sécheresse met à mal les champs de pommes de terre très gourmandes en eau. Pas plus grandes que des balles de ping-pong, elles ne sont même plus commercialisables.

SÉCHERESSE - La fin des patates ? « En Belgique, les ménagères se procurent les tubercules au marché noir car, après un arrêté de taxation, les pommes de terre ont quasiment disparu des épiceries », cette citation est tirée d’un article du Monde paru en 1976. Malgré son ton démodé, elle pourrait bien être de nouveau d’actualité en 2022 avec des rendements de patates en chute libre et des foyers qui en seront privés.

De l’automne 75 à l’été 76, l’Europe a vécu sa dernière grande sécheresse entraînant une chute de la production agricole de fruits et légumes. Les similitudes sont grandes avec ce que subit l’hexagone depuis le début de l’été : peu de pluie, des sols extrêmement secs, des chaleurs extrêmes. Les conséquences sur les cultures maraîchères semblent emprunter le même chemin.

Pour les agriculteurs européens le coût est déjà lourd : 30 à 40 % de la production de poires et de pommes seraient perdus au Portugal, tandis que seuls 5 000 des 12 000 hectares de pommes de terre vont pouvoir être irrigués en Roumanie, rapporte Euronews.

Un usage très limité de l’eau

Dans l’hexagone, c’est le sort des Hauts-de-France, une des régions les plus productrices de pommes de terre, qui a de quoi inquiéter.

Après le mois de juillet le moins pluvieux jamais enregistré en France, la préfecture du Nord a placé pour la première fois de son histoire une portion du territoire, le bassin de l’Yser, au niveau de « crise sécheresse ». Interdiction d’arroser son jardin, son potager, ou même d’irriguer les cultures : dans cette zone, qui compte 37 communes et 45 000 habitants, les restrictions sont drastiques. Seuls les « légumes frais » peuvent être arrosés, certaines nuits de la semaine.

Fleuron régional, pourvoyeur d’emplois agricoles comme industriels, la pomme de terre ne bénéficie pas de ces dérogations. Pour les producteurs c’est un désastre, le sol s’effrite comme du sable et seules « deux ou trois » pommes de terre semblent viables, témoigne Denis Bollengier, agriculteur dans le Nord à l’AFP. Les autres patates, de la taille d’une balle de ping-pong voire d’une bille, « auraient besoin d’eau pour grossir », continue-t-il.

« S’il ne pleut pas d’ici le 15 août, je risque d’avoir 50 % de perte de rendement », soupire-t-il, mettant en garde contre une hausse des prix du frais et des frites.

Des patates trop petites pour faire des frites

Ses pommes de terre de moins de 35 mm ne font pas la taille requise pour être commercialisées. « Pour faire des frites, il en faut des grosses. En début d’année, on s’engage auprès des industriels sur un tonnage » , explique-t-il. L’enjeu est de taille pour toute l’industrie de la frite comme l’illustrent les craintes de cet exploitant du Pas-de-Calais au micro d’Europe 1 : « Peut-être que demain, on devra renégocier avec Macdo en leur disant que les frites de 9 cm, elles ne mesureront finalement que 7 cm ».

Malheureusement, le problème n’est pas nouveau, cela fait des années que les rendements chutent. Leslie Camus, vice-présidente agriculture pour McCain interrogée par Europe 1, estime la baisse à 6 % pour 10 ans pour son entreprise de frites. Pour elle, la seule solution est d’inciter les agriculteurs à faire pousser de nouvelles variétés de patates plus résistantes aux sécheresses qui seront de plus en plus intenses dans les années à venir.

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