Russie-Ukraine: la tension monte, Washington s'en mêle

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Les tensions sont brusquement montées d’un cran cette semaine avec la Russie, après un regain de combats dans le Donbass depuis plusieurs semaines, qui a, à son tour, abouti à une escalade verbale entre Moscou, Kiev, et désormais Washington, qui rentre dans la danse. Le Kremlin accuse l’Ukraine et l’Otan de vouloir relancer la guerre dans le Donbass, mais du côté ukrainien, on assure qu’il n’en est rien, et on s’inquiète fortement de mouvements de troupes russes tout le long de la frontière russo-ukrainienne.

Avec notre correspondant à Kiev,

La situation dans le Donbass n’est pas bonne. Ce samedi encore, un soldat ukrainien a été tué sur la ligne de front, portant à 21 le nombre de militaires tués, et à 57 celui des blessés, depuis le début de l’année dans l'est de l’Ukraine, sachant que depuis début mars 10 soldats ont été tués.

Selon l’OSCE, entre février et mars, le nombre de violations du cessez-le-feu a augmenté de 30%. Et ce qui est notoire c’est que, côté ukrainien, la grande majorité a été tuée par des tirs de sniper, et non par des bombardements indiscriminés, ce qui est une stratégie délibérée de la part du camp adverse.

Il faut rappeler que la presse internationale n’est pas autorisée à se rendre dans les territoires séparatistes, donc il n’est pas possible d’obtenir des informations fiables sur les pertes de ce côté-là, sachant que ces dernières semaines, les forces ukrainiennes ont ouvert le feu à plusieurs reprises, en réponse à des tirs, selon l’état-major de Kiev.

Crainte d’une montée des tensions

Depuis plusieurs jours, de très importants convois militaires russes ont été repérés en direction de la frontière ukrainienne, et ce à plusieurs endroits. Au nord de l’Ukraine, à l’est donc, des renforcements en hommes, en matériel et en carburant ont été repérés ainsi qu'à l’intérieur des Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, entièrement contrôlées par l’armée russe.

Mais également au sud, où des unités de tanks se sont rapprochées de la ligne de contact avec l’Ukraine, sur l’isthme de Crimée. Une région particulièrement scrutée car il y a une pénurie d’eau en Crimée et que les Russes aimeraient récupérer le contrôle de l’embouchure du Dniepr, le grand fleuve qui permettrait d’irriguer la Crimée.

« Je veux être très clair, l’Ukraine ne veut pas la guerre. Nous ne cherchons pas l’escalade, nous sommes fondamentalement attachés à une résolution politique et diplomatique de ce conflit. Nous ouvrons le feu uniquement s'il y a une menace pour nos militaires sur le terrain et s’ils sont attaqués. Nous étions satisfaits du cessez-le-feu global introduit l’été dernier. Jusqu’à décembre dernier, il fonctionnait, mais après quelque chose a changé à Moscou », estime de son côté, Dmytro Kuleba, le ministre des Affaires étrangères ukrainien.

« Nous ne procédons à aucun déploiement militaire, ou mouvement de troupes avec le but de provoquer ou de lancer une offensive, les seuls mouvements qui ont lieu sont les rotations d’unités militaires dans le Donbass », rajoute le ministre.

Selon M. Kuleba, il s’agit là de la situation la plus grave depuis l’attaque de vaisseaux ukrainiens par des bateaux militaires russes, en mer d’Azov, à la fin de l’année 2018.

La situation peut-elle dégénérer ?

Difficile à dire. En tout cas, la Russie joue un jeu très dangereux. En effet, les Russes cherchent la petite bête. Ils accusent l’Ukraine et l’Otan de vouloir aggraver la guerre et cherchent à identifier une provocation ukrainienne.

Durant tout le week-end, les médias d’État russes ont répandu des informations non vérifiées : par exemple un drone ukrainien qui aurait tué un enfant dans la région de Donetsk, ou bien des radicaux d’extrême droite attaquant le parti pro-russe à Odessa. Comme s’il fallait trouver une justification pour une intervention, un scénario déjà vu à l’œuvre en 2014.

Néanmoins, il faut aussi comprendre que la Russie est coutumière de ce genre de déstabilisations, et elle utilise ces conflits régionaux dans sa périphérie pour envoyer des messages à l’Occident.

Ces derniers jours, Moscou associe systématiquement Washington à Kiev, dans ses déclarations verbales, et il est fort possible qu’en resserrant l’étau sur l’Ukraine, Vladimir Poutine cherche avant tout à tester la capacité de réaction de la nouvelle administration Biden sur un des grands dossiers géopolitiques mondiaux.

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