Russie: la répression s’accentue à la veille d’une audience capitale pour Alexeï Navalny

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Le parquet russe s'est dit ce lundi favorable à l'emprisonnement de l'opposant Alexeï Navalny, à la veille d'une audience lors de laquelle ce dernier risque deux à trois ans de détention et au lendemain de la répression de manifestations en sa faveur.

Dans un communiqué diffusé ce lundi 1er février, le parquet a jugé « légale et justifiée » la demande des services pénitentiaires russes (FSIN) qui veulent révoquer le sursis d'Alexeï Navalny pour violation de son contrôle judiciaire dans le cadre d'une affaire remontant à 2014.

Cette déclaration témoigne de la détermination des autorités, malgré les manifestations organisées dimanche pour le second week-end consécutif dans plus d'une centaine de villes de Russie pour réclamer la libération du principal détracteur du Kremlin.

Selon l'ONG OVD-Info, spécialisée dans le suivi des manifestations, 5 611 manifestants ont été arrêtés à travers le pays, un record, d'après cette source, dans l'histoire récente de la Russie. Parmi eux, plus de 1 800 ont été interpellés à Moscou où les manifestants et les policiers ont joué toute la journée au chat et à la souris à travers la ville, dont la majeure partie du centre avait été bouclée, métro compris. Plus de 1 300 arrestations ont également été recensées à Saint-Pétersbourg, la deuxième agglomération du pays.

Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a lui jugé la réponse policière justifiée et dénoncé la participation « d'un assez grand nombre de voyous et de provocateurs plus ou moins agressifs » à l'égard de la police.

« Une police dépassée »

Toujours est-il que beaucoup d’entre eux ont dû passer la nuit dans des postes de police bondés, en attendant que leur cas soit examiné. Un moyen de pression ? Pour Anna Colin Lebedev, maîtresse de conférences en sciences politiques et spécialiste de l’action protestataire dans les sociétés post-soviétiques, cela montre surtout une police incapable de faire face aux conséquences d'un tel mouvement.

« Je ne pense pas que l’on assiste à des faits conscients de maltraitance à l’égard des prisonniers. À mon avis, la police, qui dépend du ministère de l’Intérieur et qui doit aussi assurer d’autres tâches que celles de traitement des manifestants interpellés, est effectivement débordée et dépassée, ne dispose pas d’espace pour accueillir un grand nombre de personnes interpellées et, je pense, fait passer aussi un certain énervement sur ces prisonniers », explique l’experte.

Reste à connaître les suites que va donner la justice russe à ces interpellations. « Jusqu’à maintenant, on a vu beaucoup d’amendes, on a eu quelques ouvertures d’enquêtes et quelques mises en accusation, poursuit d’Anna Colin Lebedev, mais c’est ça qui va être crucial d’observer dans les semaines et les prochains mois : à quel point le pouvoir cherchera, comme il l’a fait par exemple à la suite des grandes mobilisations de 2011-2012, à faire des exemples en accusant. »

Ce lundi, la justice russe a ordonné le placement en résidence surveillée de Kira Iarmich, porte-parole d'Alexeï Navalny, jusqu'au 23 mars, a annoncé l'avocat de la militante. Celle-ci est accusée d'avoir enfreint les règles en matière de lutte contre l'épidémie de Covid-19 en participant à un rassemblement non autorisé, a déclaré une porte-parole du tribunal ayant rendu cette décision, citée par l'agence RIA.

Multiples procédures

Alexeï Navalny doit lui comparaître mardi. Il risque près de deux ans et demi de détention, l'opposant ayant déjà effectué une partie de la peine, assigné à résidence. Ses partisans sont appelés à se rassembler devant le tribunal.

L'opposant de 44 ans est la cible de multiples procédures judiciaires. Vendredi, il doit comparaître pour « diffamation » envers un ancien combattant. Il est aussi mis en cause dans une enquête pour escroquerie, une crime passible de dix ans de prison.

(Avec AFP)