En Russie, la mobilisation inédite des prêtres orthodoxes

C’est une initiative sans précédent en Russie. Plus de 180 prêtres orthodoxes ont apporté leur soutien aux manifestants arrêtés l’été dernier à Moscou, et condamnés à de lourdes peines de prison. Dans une lettre ouverte qui a fait beaucoup de bruit en Russie, ces prêtres demandent à la justice de revenir sur ces condamnations. Rencontre avec l’un de ces religieux qui ont pris fait et cause pour les manifestants.

Nous sommes dans une petite église du centre de Moscou, à quelques encablures du Kremlin. La prière se déroule dans la crypte, en sous-sol, quelques dizaines de fidèles sont agenouillés. À la fin de la liturgie, nous rencontrons le père Oleg, l’un des premiers à avoir signé la lettre ouverte de soutien aux manifestants.

« Je l’ai fait par compassion pour ces innocents qui se retrouvent en prison. Et aussi parce que je voudrais une meilleure justice dans notre pays. Lorsque des policiers sont condamnés, la peine est symbolique. Et là pour de simples manifestants, ou pour un gobelet en plastique jeté vers les forces de l’ordre, les peines de prison sont très sévères. » 

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Il est très rare en Russie que des prêtres orthodoxes osent intervenir de façon aussi directe dans le débat public. Et l’initiative est d’autant plus courageuse que l’Église orthodoxe est considérée comme un allié du Kremlin et de Vladimir Poutine.

« Comme vous le voyez, je n’ai pas peur. Ces derniers jours, j’ai reçu énormément de soutien, énormément de commentaires positifs. Il y a eu des critiques aussi bien sûr, mais la plupart des messages sont pour nous soutenir. Ce qui m’a le plus étonné, c’est le nombre de signataires. On est passé d’une quarantaine au début à plus de 180. »

Sans surprise, la lettre de soutien aux manifestants incarcérés a suscité un débat houleux au sein du clergé orthodoxe. Mais après avoir condamné l’initiative des prêtres signataires, le patriarcat a finalement adopté une position plus nuancée, et a même reconnu les défauts du système judiciaire russe.

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