En Russie, l'Institut Vavilov veille sur la diversité végétale

Marina KORENEVA
1 / 2
Nikolaï Dzioubenko, directeur de l'Institut Vavilov qui conserve des centaines de milliers de semences susceptibles de faire revivre ou redécouvrir des plantes oubliées, ke 20 décembre 2016 à Saint-Pétersbourg

Saint-Pétersbourg (AFP) - Dans un grand bâtiment du centre de Saint-Pétersbourg qui hébergeait un ministère à l'époque tsariste, un Institut veille sur une collection aussi rare que précieuse: des centaines de milliers de variétés de semences susceptibles de faire revivre ou redécouvrir des plantes oubliées.

L'Institut Vavilov, créé il y a 100 ans, est un gardien de la biodiversité végétale. Il a survécu, malgré les soubresauts de l'Histoire, certains ayant même payé de leur vie pour sauver son patrimoine.

"En Europe, la quasi-totalité des variétés locales ont disparu à cause de la Seconde Guerre mondiale? et de l'industrialisation. Les espèces locales qui restaient après la guerre ont été détruites par des variétés plus productives importées des Etats-Unis", résume le directeur de l'Institut Vavilov, Nikolaï Dzioubenko.

"Mais grâce à notre collection, le monde a une chance de retrouver des espèces oubliées", assure-t-il.

La collection ne comprend pas seulement des graines européennes, poursuit-il. On y trouve aussi des semences plus exotiques, comme celle d'une variété de blé éthiopien disparue à cause des guerres civiles qui ont ravagé le pays dans les années 1970.

- 'Des chasseurs de gènes' -

Ce blé a retrouvé les champs d'Ethiopie lorsque le gouvernement éthiopien a demandé à l'URSS de lui envoyer des échantillons collectés par le fondateur de l'institut, Nikolaï Vavilov, lors d'une expédition menée vers 1930, explique un agronome et professeur de l'Institut, Igor Losskoutov.

Né en 1887, le généticien et botaniste russe Nikolaï Vavilov a mené des expéditions dans le monde entier, qui lui ont permis de constituer une banque riche de plus 250.000 semences en 1940, année où il fut arrêté, victime des purges staliniennes.

Sa collection lui a survécu et compte aujourd'hui 345.000 espèces végétales, dont 80% sont uniques au monde.

En octobre 2016, l'Institut Vavilov a ainsi fourni à des agronomes français de Lyon, dans le centre-est de la France, une trentaine d'échantillons de semences locales disparues du pays depuis des décennies.

Nikolaï Vavilov a dirigé de 1921 à 1940 l'institut qui porte désormais son nom, effectuant des expéditions dans 64 pays pour collecter des espèces sauvages ou cultivées. "Lui et ses collaborateurs ont été de véritables chasseurs de gènes", raconte Igor Losskoutov.

"Ce n'était pas les plantes exotiques qui intéressaient M. Vavilov, mais la biodiversité végétale, les espèces locales. C'est ce qui fait l'importance scientifique de notre collection", explique-t-il.

Aujourd'hui, la collection de l'Institut occupe trois salles.

Le premier dépôt, une chambre de 50 m2, a gardé l'aspect qu'il avait à l'époque de Nikolaï Vavilov. Les semences y sont conservées dans de petits boites en fer, à température ambiante.

- 'Idéologie bourgeoise' -

"Cela n'a pas l'air très moderne, mais c'est très sûr. La collection conservée ici ne dépend ni de l'électricité, ni de l'équipement", affirme M. Losskoutov, en précisant que dans ce dépôt, une graine ne peut pas se conserver plus de cinq à sept ans.

Les deux autres dépôts gardent des graines et des greffes congelées, dont la conservation peut être efficace jusqu'à 50 ans. Les graines doivent donc être régénérées régulièrement et chaque année, 10% de la collection est mise en terre: les plantes grandissent et de nouvelles graines sont ensuite collectées.

"Contre vents et marées, les scientifiques de l'Institut ont maintenu cette collection jusqu'à notre époque. Certains d'entre eux ont sacrifié leur vie pour cela", ajoute Igor Losskoutov.

Il montre ainsi les portraits de collaborateurs de l'Institut morts de faim pendant le blocus de Leningrad (ancien nom de Saint-Pétersbourg, ndlr) par les nazis, entre 1941 et 1943.

Nikolaï Vavilov, dont un immense portrait est exposé dans l'Institut, est mort, lui, en prison, en 1943, après avoir été accusé de trahison et d'"idéologie bourgeoise". L'institut n'a eu le droit de porter le nom de son fondateur qu'en 1964, après sa réhabilitation posthume.

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages