Rumeurs, mensonges et scandale au pays des OGM

DE FAIRFIELD (IOWA)
Fin septembre, les laboratoires Genetic ID découvraient qu’un lot de tacos vendu par Kraft Foods, une filiale de Philip Morris, avait été fabriqué avec du maïs transgénique interdit à la consommation humaine. Les scientifiques ont détecté dans les tacos la présence de StarLink, une variété de maïs transgénique autorisé uniquement pour la consommation animale [développé par les laboratoires Aventis, le StarLink est soupçonné de provoquer des allergies chez les humains]. Cette découverte, qui a obligé Kraft à rappeler des millions de paquets de tacos quatre jours plus tard, a relancé le débat sur la sûreté et l’étiquetage des produits transgéniques.

Les tests de détection ne seraient pas si fiables

Le secteur biotechnologique a sauté sur l’occasion pour affirmer que Genetic ID, l’un des plus importants laboratoires de tests du pays, travaillait en étroite collaboration avec les adversaires des OGM. Genetic ID a en effet testé les tacos pour le compte de la Genetically Engineered Food Alert [Alerte aux aliments issus d’OGM], une coalition d’associations contre les biotechnologies. L’industrie biotechnologique, qui a investi des millions de dollars dans les cultures transgéniques, estime que le laboratoire mène une guerre sournoise contre le secteur sous le couvert de tests impartiaux pratiqués pour le compte de sociétés agroalimentaires, dont beaucoup sont favorables aux OGM. Genetic ID chercherait à alimenter une phobie des biotechnologies afin d’accroître les demandes de tests. “Ils se disent impartiaux, mais leur principal chercheur depuis plusieurs années s’est fait un nom en mettant en doute ici et là la sûreté des biotechnologies, sans argument scientifique à l’appui”, assure Val Giddings, un dirigeant de la Biotechnology Industry Organization [association professionnelle du secteur des biotechnologies].
Les responsables du laboratoire, tout en reconnaissant l’engagement de John Fagan, leur directeur, affirment que la société elle-même est sans parti pris et qu’elle utilise une technique de tests d’ADN largement reconnue, à savoir la Polymerase Chain Reaction (PCR), qui amplifie l’ADN et permet de cartographier les chromosomes. En outre, notent-ils, les résultats obtenus à partir des tacos ont été confirmés indépendamment par Kraft et la Food and Drug Administration [FDA, organisme chargé de l’application des lois et des règlements concernant les produits pharmaceutiques et la composition des aliments].
Chez Genetic ID, les biologistes extraient des échantillons d’ADN, par exemple à partir de maïs broyé puis homogénéisé, puis utilisent la technique de la PCR pour amplifier l’ADN du transgène éventuellement détecté. Ces laboratoires seraient en mesure de détecter la présence d’ADN génétiquement modifié à des concentrations aussi faibles que 1 pour 10 000. Mais les experts du secteur estiment que les tests de la PCR ne sont pas tout à fait fiables et qu’ils pourraient indiquer à tort la présence de transgènes. Pour contrer ces arguments, les responsables de Genetic ID affirment pratiquer sur chaque échantillon un triple test en vue de réduire les probabilités de faux résultats. Et les laboratoires de préciser que Genetic ID a été déclarée apte à détecter l’ADN génétiquement modifié dans l’alimentation par le service d’accréditation du Royaume-Uni. Elle cherche une nouvelle accréditation à travers un programme de la FDA.
Certains détracteurs, mettant en cause les méthodes de Genetic ID, ont cité pour exemple un test d’amuse-gueules au maïs effectué cette année pour un groupe de consommateurs japonais, test au cours duquel la société dit avoir trouvé, sur certains échantillons, une variété interdite de maïs. Le ministère de l’Agriculture japonais soutient que ses propres tests réalisés sur un lot similaire s’étaient avérés négatifs. Les responsables de Genetic ID ont rétorqué que les résultats du ministère ne signifiaient en rien que la société s’était trompée. “On ne peut pas infirmer le résultat d’un test en utilisant un autre échantillon qui peut fort bien ne pas provenir du même lot”, souligne Jeffrey Smith, porte-parole de Genetic ID. “Nous continuerons de défendre nos méthodes.”
Le débat sur les tests représente des enjeux considérables et va aller en s’exacerbant à l’avenir. Les grands groupes agroalimentaires de la planète vont continuer d’évaluer les avantages de la vente de produits issus d’OGM, et les sociétés qui exportent des produits vers l’Europe et l’Asie vont s’efforcer de respecter les nouvelles restrictions et normes d’étiquetage relatives aux produits transgéniques. Or, n’en déplaise à certains, John Fagan est placé au coeur du débat sur les biotechnologies.

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