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Meurtre d'une jeune transgenre britannique : deux adolescents condamnés à la perpétuité

Deux adolescents de 16 ans ont été condamnés vendredi à la prison à perpétuité pour le meurtre à coups de couteaux de la jeune transgenre Brianna Ghey, qui avait suscité une vive émotion l'an dernier au Royaume-Uni.

Le cercueil de la jeune transgenre britannique assassinée Brianna Ghey lors de ses funérailles à Warrington en Angleterre le 15 mars 2023 (Oli SCARFF)
Le cercueil de la jeune transgenre britannique assassinée Brianna Ghey lors de ses funérailles à Warrington en Angleterre le 15 mars 2023 (Oli SCARFF)

A la mesure du choc suscité, le tribunal de Manchester a pris la décision exceptionnelle de révéler les noms de ces deux mineurs, Scarlett Jenkinson et Eddie Ratcliffe, décrits lors de l'enquête comme étant fascinés par "la violence, la torture et la mort", avec une véritable "soif de tuer".

La juge Amanda Yip a qualifié le meurtre de "brutal, et planifié, sadique par nature", en prononçant leur peine, assortie de peines de sûreté de respectivement 22 ans et 20 ans, d'une sévérité rare pour des mineurs.

Le 11 février 2023, la jeune Brianna, 16 ans, avait été poignardée une trentaine de fois à la tête, au cou, à la poitrine et au dos avec un couteau de chasse, après avoir été attirée dans un parc situé près de Warrington dans la région de Liverpool, nord-ouest de l'Angleterre, où elle résidait.

Pendant les quatre semaines d'un procès éprouvant, les deux adolescents se sont mutuellement renvoyé la responsabilité du meurtre. Ils ont finalement été reconnus coupables tous les deux en décembre, sans que ce verdict ne suscite de réaction de leur part.

Quelques jours plus tard, Scarlett Jenkinson a reconnu pour la première fois auprès d'un psychiatre avoir poignardé Brianna, a déclaré vendredi au tribunal la procureure Deanna Heer.

La jeune fille a ainsi avoué avoir "arraché le couteau des mains d'Eddie", qui ne connaissait pas Brianna avant le meurtre, et porté la majorité des coups, a-t-elle rapporté, se disant "satisfaite et excitée par ce qu'elle faisait".

Avant de passer à l'acte, ces jeunes, identifiés jusque-là comme "Garçon Y" et "Fille X" et qui ont grandi dans des familles considérées comme stables, avaient planifié le meurtre de l'adolescente pendant des semaines en s'envoyant des dizaines de SMS.

L'accusée avait aussi transmis à son co-accusé la photo d'une note manuscrite indiquant: "Samedi 11 février 2023. Victime: Brianna Ghey", détaillant chaque étape par lesquelles ils comptaient s'y prendre pour la tuer.

Si certains messages d'Eddie Ratcliffe comprennent des commentaires "transphobes" à l'encontre de Brianna, la motivation du passage à l'acte de Scarlett Jenkinson était "le désir de tuer", a souligné la juge.

"Obsédée par le meurtre"

La mère de la victime Esther Ghey, qui n'a pas eu la force de lire elle-même sa déclaration devant le tribunal, a fait savoir qu'elle peinait à accepter que Brianna ait été trahie par Scarlett Jenkinson, qu'elle considérait comme son amie.

Selon l'enquête, cette adolescente qui semblait être à première vue une "enfant normale, issue d'une famille normale" était fascinée par les tueurs en série, les vidéos de torture, et "obsédée par Brianna".

"Je ne crois pas qu'une personne aussi perturbée et obsédée par le meurtre et la torture puisse un jour être réhabilitée" a voulu souligner Esther Ghey, insistant sur le fait que les adolescents n'avaient montré aucun remord pendant l'audience.

L'enquête a fait apparaître que les deux accusés souffraient, entre autres, de troubles autistiques, Eddie Ratcliffe ayant "progressivement cessé de parler" après son arrestation. Il a témoigné en tapant sur un clavier lors du procès.

Les accusés, qui n'avaient que 15 ans à l'époque, tenaient par ailleurs une "kill list" avec les noms d'autres victimes potentielles.

"Il s'agit de l'un des cas les plus perturbants que j'ai eu à traiter. La planification, la violence et l'âge des tueurs dépassent l'entendement", avait reconnu la procureure Ursula Doyle.

La mort de la jeune fille a suscité une vive émotion au Royaume-Uni, où les droits des personnes transgenres suscitent de virulents débats.

Des milliers de personnes lui ont rendu hommage lors de veillées à la bougie organisées dans plusieurs villes du pays, appelant à "protéger la jeunesse trans" et à la "justice pour Brianna".

"Le Premier ministre partage l'horreur du pays face à ce meurtre ignoble et lâche", a fait savoir un porte-parole de Downing Street vendredi.

Après le meurtre, la police a retrouvé une veste avec des traces du sang de Brianna dans la chambre de Scarlett Jenkinson, et l'arme du crime, maculée de sang, chez Eddie Ratcliffe.

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