En Roumanie, l’accueil des réfugiés ukrainiens troublé par les tensions en Transnistrie

Fuyant notamment les districts de Mykolaïv et Odessa, des centaines d’Ukrainiens, principalement des femmes et des enfants, transitent chaque jour par la gare de Bucarest. Mais après les attaques de la semaine dernière dans la république autoproclamée de Transnistrie, en Modavie, située entre leur pays et l’Ukraine, les Roumains craignent une extension du conlit.

De notre envoyée spéciale à Bucarest,

Le visage de la jeune femme trahit l’épuisement. Tout juste arrivée de Mykolaïv, avec sa mère et sa fille, elle cherche en endroit où dormir. Bénévoles et travailleurs sociaux s’activent. « À la gare en ce moment, on voit passer chaque jour près de 500 personnes, raconte Christian Bojian, employé par la municipalité de Bucarest. La plupart viennent d’Odessa. Et il y a aussi des gens qui rentrent en Ukraine, ou qui partent en Bulgarie, où la langue est plus proche de la leur. »

Lada est à Bucarest depuis début mars. Elle attend le train pour aller voir des parents réfugiés dans une autre ville de Roumanie. Mais même pour elle et sa fille de 9 ans, l’avenir reste flou : « Je ne sais pas trop où je vais finir par m’installer. Ici j’ai des projets, j’essaie de les développer, mais je pense à la France : comme je suis styliste ça semble une bonne destination. » « Moi, je préfère l’Italie », interrompt la petite Arina avant de filer jouer plus loin.

La jeune bénévole qui traduit notre échange est elle aussi réfugiée : elle a 16 ans. « Mon père a dit : il faut aller vous mettre à l’abri dans un endroit sûr, il était très inquiet pour nous, et maintenant ici, à Bucarest, j’essaye de faire quelque chose pour les ukrainiens qui ont besoin d’aide », dit-elle. Emilia Tarnaieva a quitté Odessa avec sa mère et sa petite sœur. Cheveux rouge vif et salopette vert-amande, l’adolescente rêve de partir au Japon. En attendant, elle voyage par procuration, entourée de bénévoles venus du monde entier : de Corée, de l’Allemagne ou de encore l’État américain de l’Arizona.

Des bénévoles moldaves inquiets pour la Transnistrie

Ou encore de Moldavie. Bilingues en russe et roumain, les Moldaves sont très nombreux à se mobiliser en Roumanie depuis le début de la guerre. Gilet fluo, Anastasia Suhin, 22 ans vit depuis trois ans à Bucarest et depuis les explosions de la semaine dernière, elle parle tous les jours avec sa famille : ses parents sont en république de Moldavie, mais elle a aussi de nombreux cousins en Transnistrie, où l’inquiétude est très vive : « Eux ont fait leurs bagages, mais n’ont pas encore décidé de partir. Ils sont très effrayés... Mais en république de Moldavie, ils ne sont pas convaincus que la guerre s’étende. »

Pour la jeune femme et ses cousins, l’origine des attaques ne fait guère de doute. « C’est sûr, au début du conflit, la Transnistrie était très favorable à la Russie. Mais là, ils pensent que c’est sans doute la Russie qui les attaque, et donc qu’il y aura une guerre élargie. »

« Ça fait 40 ans que la situation est très tendue », mais « ça peut s’étendre très vite »

Devant la salle d’accueil, Nicoletta Dumitru, installée depuis douze ans à Bucarest, ne veut même pas prononcer le nom de la république auto-proclamée : « Ça fait 40 ans que la situation est très tendue là-bas, car cette partie de la Moldavie est occupée par la Russie ! Et on s’attendait à ce qu’il se passe quelque chose avec cette guerre. »

Sa famille a paniqué : « Ils ont peur, très peur, raconte-t-elle. Nous sommes un petit pays, ça peut s’étendre très vite ! » Nicoletta tient bon, pour son fils dit-elle, malgré des moments difficiles : « Parfois, je pleure quand je vois ce qui s’y passe. Parfois, j’ai peur. C’est injuste, mais on doit faire avec et aller de l’avant. » Venir en aide aux réfugiés est aussi pour elle une façon d’avancer.

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