Un roman visionnaire pour oublier les mauvaises fictions complotistes

Par Sophie Pujas
·1 min de lecture
Fabrice Lardreau, auteur de
Fabrice Lardreau, auteur de

Des renards envahissent en bande une ville où la nature reprend ses droits. L'image n'est pas issue du confinement, mais du dernier roman de Fabrice Lardreau, La Ville rousse. Car les écrivains ont souvent un coup d'avance sur le réel, et leur paranoïa, des allures d'avertissement fertile? Ce récit à la précieuse étrangeté est situé dans une réalité jumelle de la nôtre, qui en accentue les tendances les plus troubles. Habile à distiller le malaise, l'auteur mêle trouvailles inquiétantes et emprunts à des réalités familières.

Le narrateur, un certain Patrick Amiot, vit en périphérie de Lutétia, une mégalopole aux allures de Grand Paris devenu fou, où sans qu'on sache pourquoi, des renards de plus en plus nombreux sont surpris à errer, cristallisant toutes les peurs. Amiot est l'âme damnée du PDG d'une multinationale, plus puissant que l'État lui-même, et pour le compte de laquelle il effectue les plus basses besognes sans sourciller, notamment faire disparaître quiconque pose trop de questions. Quand l'histoire débute, deux tueurs sont à sa porte, qui pourraient bien lui réserver le sort qu'il a fait subir à tant d'autres? Aucune leçon de morale facile dans ce récit au tempo habilement mené, mais un salutaire humour noir pour ausculter le réel. Tour à tour fable qui s'offre des envolées poétiques, légère dystopie, thriller politique, sombre roman d'éducation (dont le héros se défait peu à peu de ce qui le rend humain), La Ville rousse interroge la chute dans [...] Lire la suite