Qui est Roman Protassevitch, le journaliste arrêté par le Bélarus au prix du détournement d'un avion?

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Le militant d'opposition bélarusse Roman Protassevitch, ancien rédacteur en chef de la chaîne d'opposition biélorusse Telegram '@nexta_tv', le 25 mars 2012 à Minsk - STR © 2019 AFP
Le militant d'opposition bélarusse Roman Protassevitch, ancien rédacteur en chef de la chaîne d'opposition biélorusse Telegram '@nexta_tv', le 25 mars 2012 à Minsk - STR © 2019 AFP

Lorsque le MiG-29 de l'armée de l'Air du Bélarus a pointé le bout de son nez sur le flanc du Athènes-Vilnius de la compagnie Ryanair dimanche, Roman Protassevitch n'a pas eu de mal à deviner le but de la manœuvre. Des témoins de l'infortune du jeune homme âgé de 26 ans ont rapporté son attitude au cours de ces minutes décisives.

"Il a commencé à paniquer et à dire que c'était à cause de lui", a ainsi raconté une passagère à l'Agence France Presse. Une angoisse fébrile qui s'est changée en "calme" absolu une fois que le dissident biélorusse s'est résigné au sort qui l'attendait sur le tarmac. "Après il a repris son sang-froid, il n’a montré aucun sentiment sur son visage", a expliqué Arthur, un passager français de ce vol, à BFMTV.

Il a fui son pays en 2019

L'appareil militaire a ainsi forcé l'avion de la compagne irlandaise à atterrir à Minsk, en raison officiellement d''une "alerte à la bombe". En effet, pas question pour les autorités bélarusses de parler d'un détournement mais d'un simple "déroutage" soit une modification de plan de vol imposée par la détection d'un danger imminent. Le résultat des courses est cependant plus éloquent que la version du régime: aucune bombe n'a été retrouvée à bord et Roman Protassevitch a été interpelé puis placé en détention.

Et le journaliste pourrait y rester longtemps. "Sur le plan purement juridique, ce que disent les médias d'État en Biélorussie c'est qu'il risquerait 15 ans de prison, une peine très lourde", a ainsi commenté notre consultant pour les questions internationales, Ulysse Gosset ce lundi. Roman Protassevitch a même dit sa peur d'être exécuté alors que son avion descendait vers une ville qu'il avait quitté depuis deux ans déjà, et ne comptait pas revoir dans ces circonstances.

C'est d'ailleurs la crainte d'une arrestation qui l'avait poussé à quitter la Biélorussie en 2019, comme l'a noté ici le New York Times, pour rallier la Lituanie, terre d'exil privilégiée par l'opposition bélarusse. Et son contingent s'y renforce encore depuis août 2020, quand Alexandre Loukachenko a proclamé sa réélection à un sixième mandat, tandis que des foules nombreuses descendaient dans les rues pour crier au mensonge et que la communauté internationale a commencé à égrener ses sanctions contre la dernière dictature d'Europe.

Activiste depuis ses 16 ans

Même à distance, Roman Protassevitch n'a pas ménagé ses efforts pour mobiliser ses compatriotes contre le pouvoir. Celui qui apparaît désormais davantage comme un activiste, et se trouvait à Athènes ces derniers jours pour assister à une conférence économique avec Svetlana Tikhanovskaïa, candidate à la présidentielle contre Alexandre Loukachenko en 2020, est d'abord le fondateur et premier rédacteur en chef de Nexta, un média en ligne hébergé par l'application Telegram. Le média relaie informations critiques du régime, appels à l'action et mots d'ordre de manifestation.

Une activité qui a fini par lui valoir des ennuis judiciaires très concrets: quelques mois après avoir fui son pays, Roman Protassevitch a appris qu'il était poursuivi pour trouble à l'ordre public et incitation à la haine. Des chefs d'incFFulpation entraînant au moins douze ans de prison d'après le New York Times. Plus préoccupant encore: Minsk a couché son nom sur sa liste de "terroristes". Une inscription qui lui a visiblement traversé l'esprit dimanche au moment du détournement, et effectivement passible de la peine de mort.

Mais Roman Protassevitch a le cuir épais et une solide expérience de la dissidence. Exclu il y a quelques années de son cursus de journalisme au sein de l'Université de Minsk, il avait déjà été renvoyé en 2011 du lycée prestigieux où il étudiait à cause de sa participation à un défilé hostile au pouvoir. Il avait alors 16 ans.

Article original publié sur BFMTV.com

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