Le roi de Bollywood fait plier l’extrême droite

Le 12 février, sortait en salle My Name is Khan, le dernier film de la star de Bollywood Shah Rukh Khan. De quoi faire hurler de joie les plus grands fans du célèbre acteur. Mais, à Bombay, le film n’était à l’affiche que dans quelques salles, les propriétaires ayant cédé aux pressions du parti d’extrême droite du Maharashtra, le Shiv Sena, qui appelait à son boycott depuis déjà plusieurs jours. Ce qui n’a pas manqué d’inquiéter Karan Johar, le producteur de ce film à gros budget, qui, lors d’un rendez-vous avec le chef de la police locale, a demandé de garantir la sécurité des spectateurs à la sortie des cinémas. Car les sainiks, comme on appelle les membres de ce parti, font peur. Ils avaient déjà violemment attaqué plusieurs salles obscures, brûlé des affiches et assailli la résidence du célèbre acteur durant la semaine précédant la sortie du film. Le 12 février, 1 825 sainiks ont été arrêtés par la police alors qu’ils menaçaient de s’en prendre aux spectateurs dans les files d’attente.

Les raisons de leur ire ? La prise de position de Shah Rukh Khan sur la sélection des joueurs de la Ligue de cricket indienne (IPL, Indian Premier League). Celui-ci a regretté qu’aucun joueur pakistanais n’ait été engagé. Aussitôt, le Shiv Sena a saisi l’occasion de discréditer le patriotisme de l’acteur en déclarant qu’il pouvait “aller au Pakistan s’il voulait parler en faveur des joueurs pakistanais”. Mais Khan a tenu bon, refusant de s’excuser malgré les pressions de l’organisation d’extrême droite.

Derrière “l’affaire Khan”, on retrouve la débâcle d’un parti qui, en raison de la balka­nisation du populisme régionaliste, perd son influence dans cette partie du pays. “Il était clair dès le départ que cette affaire n’avait pas grand-chose à voir avec le cinéma ou le sport, mais qu’il s’agissait d’une tentative de la part du Shiv Sena de redonner vie à un parti en perte de vitesse depuis ses défaites électorales”, indique le quotidien Asian Age. Les mots du roi de Bollywood ne sont donc rien d’autre qu’une occasion pour le Shiv Sena de redorer sa réputation de nationaliste hindouiste antimusulman et antipakistanais que lui a ravie le MNS [Maharashtra Navnirman Sena], nouvelle formation xénophobe réputée pour ses positions violentes envers les habitants de Bombay qui ne sont pas originaires du Maharashtra. “Le mouvement anti-Khan est un outil bien utile pour redéfinir l’équation politique de l’Etat”, rappelle pour sa part le magazine Outlook. Le 7 février, le ministre de l’Agriculture, Sharad Pawar, membre du Nouveau Parti du Congrès et président de l’association de cricket de Bombay, a rendu visite au chef du Shiv Sena, Balasaheb Thackeray, afin d’apaiser les tensions et redéfinir de nouvelles alliances. Pour beaucoup, cette rencontre illustre la banalisation de la politique mafieuse.

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