Robert Ryman, l'ardeur de la toile blanche

Libération.fr
Robert Ryman dans son atelier de Manhattan, en 2004.

Le peintre américain, connu pour son utilisation du blanc, est mort vendredi à l'âge de 88 ans.

Il aura mis la peinture sens dessus dessous en faisant passer le blanc devant tout le reste. Avec ses monochromes livides, il ne chercha pourtant pas à effacer quoi que ce soit, ni leur processus de fabrication, ni leur présence, éclatante. Robert Ryman, âgé de 88 ans, mort vendredi dans sa demeure de Greenwich Village, à New York, ne fit pas table rase du passé de la peinture. Il mena, au contraire, avec calme et méticulosité, l’inventaire des moyens d’une pratique qu’il apprit sur le tas.

Né en 1930 à Nashville (Tennessee), Ryman arrive à New York en 1952 avec le rêve de faire carrière dans le jazz – il joue du saxophone. En attendant, il s’est trouvé un boulot de gardien au Museum of Modern Art. Il s’y fera une culture artistique et une bande de potes, qui, s’ épaulant et dialoguant, seront de ceux qui inventeront et imposeront le minimalisme et l’art conceptuel. Au MoMA, au côté de Ryman au gardiennage, il y a ainsi Dan Flavin. A la librairie, Sol LeWitt et, à la bibliothèque, Lucy Lippard et Robert Mangold. Au début des années 60, ils seront surnommés les Bowery Boys, d’après le quartier de Manhattan où ils résident.

Rendre visible par le blanc

Ryman, qui a commencé à peindre en 1955, n’aura droit à sa première expo en galerie qu’en 1967, mais participe en 1966 à un premier show générationnel et programmatique, intitulé «Systemic abstraction», au Guggenheim, avant d’être invité, en 1969, au Whitney Museum pour «Anti-Illusion: Procedures/Materials». Les titres, un peu raides et autoritaires, disent quelque chose de sa pratique, qui soumet la peinture à un travail d’auscultation, d’analyse et de dépeçage. La toile de lin brunâtre qu’il mouchette de traces blanches, épaisses et durcies, de pinceau et de couteau, fait ainsi pleinement partie du tableau puisqu’elle reste bien visible par endroits et jusque sur les bords, où elle s’effiloche. Support, surface, mode de (...)

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