Le RN rompt avec ses encombrants partenaires allemands de l'AfD

Le président du RN Jordan Bardella, le 16 mai 2024 à Paris (Emmanuel Dunand)
Le président du RN Jordan Bardella, le 16 mai 2024 à Paris (Emmanuel Dunand)

Jordan Bardella a décidé mardi de rompre l'alliance historique du RN avec le parti allemand AfD après une énième provocation d'un de ses dirigeants, laissant ouvertes les hypothèses de recomposition des extrêmes droites dans le prochain hémicycle de Strasbourg.

"Nous ne siégerons pas avec l'AfD lors de la prochaine législature du Parlement européen", a indiqué à l'AFP son directeur de campagne, Alexandre Loubet, confirmant une information de Libération.

La situation devenait intenable pour le parti à la flamme, inquiet que les quinze derniers jours de campagne soient pollués par les scandales de ses partenaires d'outre-Rhin: ce week-end, la tête de liste d'Alternative für Deutschland (Alternative pour l'Allemagne, AfD), Maximilian Krah, avait encore estimé qu'un SS "n'est pas automatiquement criminel" dans un entretien au quotidien italien La Repubblica.

La goutte de trop, pour le RN, qui rivalisait de circonvolutions depuis six mois pour prendre ses distances avec son allié historique, sans toutefois consommer pleinement la rupture tant il semblait indispensable pour maintenir le groupe Identité et démocratie (ID) au Parlement européen, dans lequel lepénistes et membres de l'AfD occupent respectivement 18 et 10 sièges, sur 63.

"L'AfD a franchi des lignes que j'estime être des lignes rouges", a expliqué sur LCI Jordan Bardella, qui a précisé que "les groupes seront remis à zéro" au Parlement européen après l'élection du 9 juin.

- Slogan nazi -

Mi-janvier, la participation, révélée par des médias, de certains membres de l'AfD à une réunion de l'ultradroite allemande pour discuter d'un projet d'expulsion massive de personnes étrangères mais aussi de nationaux réputés mal assimilés avait autant provoqué l'ire du pays que celle de Marine Le Pen, qui avait fait part de son "total désaccord".

Un déjeuner à Paris avec la co-présidente du parti, Alice Weidel, n'a pas soldé la brouille. Encore moins le courrier que Mme Weidel avait adressé à Mme Le Pen dans la foulée pour clarifier sa position... publié dans la presse avant réception.

"J'ai moyennement apprécié", avait alors sèchement déclaré la triple candidate malheureuse à l'Elysée, relevant au passage qu'"un certain nombre de questions restent en suspens".

D'autant que les scandales ont encore éclaboussé au printemps le parti populiste et anti-migrants, fondé il y a une dizaine d'années.

En avril, une enquête a été ouverte pour soupçons de financements russes et chinois à l'encontre de Maximilian Krah, dont l'un des assistants au Parlement européen, suspecté d'être un agent chinois, venait d'être arrêté.

Et, la semaine dernière, l'une des figure du parti, Björn Höcke, a été condamné à 13.000 euros d'amende pour avoir utilisé un slogan nazi. Dans le passé, il avait déjà qualifié le monument de l'Holocauste à Berlin de "mémorial de la honte" et appelé à un "changement à 180 degrés" de la culture du souvenir dans le pays, conduisant les services de renseignement outre-Rhin à une surveillance de l'AfD.

"Nous avions eu des discussions franches, les leçons n'ont pas été tirées: nous en tirons les conséquences", a expliqué mardi Alexandre Loubet.

- Recomposition -

La décision du RN rebat totalement les cartes de l'organisation des extrêmes droites européennes, jusqu'alors scindées en deux groupes, ID et ECR.

Les premiers pourront-ils survivre sans l'AfD? "Si nous sommes expulsés, je doute qu'ils parviendront à atteindre le nombre de sept pays requis pour former un groupe", plastronnait Maximilian Krah dans La Repubblica, même si sa formation est en perte de vitesse - environ 15% d'intentions de vote, dix points de moins qu'il y a six mois.

De quoi relancer l'idée d'une fusion des deux groupes parlementaires?

Dimanche, la participation de Marine Le Pen à un meeting géant à Madrid du parti espagnol Vox - membre d'ECR - a en tout cas été particulièrement applaudie.

Mais la mansuétude de certains membres d'ECR à l'endroit d'Ursula von der Leyen, dont sont notamment accusés les fidèles de la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni (Fratelli d'Italia), est une ligne rouge pour les lepénistes.

"Les jeux sont ouverts, on discute avec beaucoup de monde", sourit un cadre du Rassemblement national, alors qu'une troisième idée est de plus en plus souvent évoquée: un nouveau groupe bâti autour des futurs eurodéputés du Fidesz, le parti du Premier ministre hongrois Viktor Orban, jusqu'alors non-inscrits.

"Ils ont un bon contact avec les pays de l'Est, avec Vox", note un proche de Mme Le Pen: "ils peuvent être un point de ralliement".

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