L'Assemblée rejette plusieurs textes d'un RN criant au "sectarisme"

L'Assemblée a rejeté jeudi une première série de textes du RN et devrait réserver le même sort à celui sur l'uniforme à l'école proposé par le groupe de Marine Le Pen, se disant victime du "sectarisme" des autres parlementaires.

Lors de cette journée réservée à sept textes du groupe d'extrême droite, le premier entendait inciter les entreprises à augmenter les salaires de 10% via des baisses des cotisations patronales.

"Pensez aux Français qui ont besoin de cette mesure", a plaidé Marine Le Pen, patronne des 88 députés du principal groupe d'opposition. En vain: les élus LR se sont abstenus, tandis que la majorité et la gauche ont voté contre la proposition, jugée inefficace voire dangereuse.

Pas davantage de succès, malgré le soutien cette fois de LR, pour la proposition de supprimer les zones à faibles émissions (ZFE) dans les agglomérations, où il est progressivement interdit aux véhicules les plus polluants de circuler.

"Arrêtez d'emmerder les Français, de les exclure, de les culpabiliser!", a demandé le député RN Pierre Meurin. Il a proposé d'amender son propre texte avec une suspension plutôt qu'une suppression des ZFE, sans convaincre les Insoumis qui demandent de leur côté un "moratoire".

- "Pitoyable" -

La demande d'instaurer un droit de visite sans préavis des parlementaires dans les Ehpad a elle aussi été rejetée, les autres groupes s'inquiétant notamment de violations de l'intimité des personnes vulnérables.

"C'est la journée de la mauvaise foi", a estimé la députée RN Laure Lavalette. "S'il y avait un texte +désidéologisé+, c'est bien celui-là", a renchéri son collègue Sébastien Chenu.

Le groupe de Marine Le Pen, qui s'attendait à ces échecs, profite de sa première niche parlementaire pour dérouler ses thèmes favoris, à l'exception notable de l'immigration, et poursuit sa quête de normalisation et de crédibilité auprès de l'opinion.

"J'en attends d'abord que les Français constatent que nous avons respecté notre promesse" avec "des textes concrets pour améliorer leur vie quotidienne", a fait valoir Marine Le Pen. Des textes qui auraient pu recueillir selon elle des majorités si les autres groupes "votaient en fonction de leurs idées" au lieu de les rejeter par "sectarisme".

"Le but des autres groupes c'est d’essayer de démontrer que nous serions un groupe à part", a-t-elle lancé devant la presse, dénonçant une attitude "pitoyable".

- Le "soutien" de Mme Macron -

L'Assemblée a démarré dans la soirée l'examen du texte proposant de rendre obligatoire dans les écoles et collèges publics le port d'une "tenue uniforme", dont chaque établissement pourra fixer "la coupe et la couleur".

"Nous avons même reçu le soutien inattendu et bienvenu de Mme Macron", s'est réjoui le député RN Roger Chudeau, faisant référence à l'entretien remarqué de l'épouse du président dans le Parisien, où elle s'est prononcée en faveur de l'uniforme à l'école.

"Pour une fois, la lumière vient de l'Elysée", a ironisé son collègue Julien Odoul, qui a défendu une mesure permettant de mettre fin "à la lutte des marques" dans les écoles et de "faire rempart à l'islamisme".

Malgré le soutien du groupe LR, la proposition a peu de chances d'être adoptée. Elle est vivement combattue par la gauche et si certains députés macronistes la voient d'un bon oeil, Renaissance ayant même créé un groupe de travail sur le sujet, le camp présidentiel critique un texte rédigé sans "travail sérieux sur l'impact".

"Cette proposition de loi n'est pas nécessaire parce que les établissements disposent déjà de la possibilité" d'instaurer une tenue uniforme, qui "ne saurait devenir une règle universelle et verticale", a dit le ministre des Relations avec le Parlement Franck Riester, qui remplaçait le ministre de l'Éducation Pap Ndiaye, retenu par une réunion à l'Elysée.

Des textes instituant la proportionnelle aux législatives ou créant "une présomption de légitime défense" pour les forces de l'ordre sont aussi au programme de la niche, mais plus loin dans l'ordre de passage. Ils ont moins de chances d'être examinés, une niche parlementaire devant s'achever à minuit.

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