Le RN bientôt chargé d'un groupe d'étude sur la lutte contre le sida? Ce que disait le FN sur la maladie

Pressenti pour être à la tête du groupe d'étude sur la lutte contre la séropositivité à l'Assemblée nationale, le RN est jugé illégitime par une partie de la classe politique en raison notamment des prises de position qu'a eu par le passé le Front national sur le sida.

La nouvelle a suscité l’indignation de la gauche et de la majorité présidentielle. À l’issue de la décision du bureau de l’Assemblée nationale début décembre, le Rassemblement national (RN) pourrait présider les groupes d’études sur la lutte contre l’antisémitisme et la séropositivité au Palais Bourbon.

Ces groupes d’études sont des structures transpartisanes, des "lieux de discussions et d'échanges irremplaçables" qui permettent aux députés d'approfondir et suivre des questions spécifiques", en assurant notamment "une veille juridique et technique", résume l'Assemblée nationale.

Or, la légitimité du parti à la flamme à s’emparer de ces questions est contestée, en raison de l'histoire du mouvement. Jean-Marie Le Pen, le co-fondateur du Front national (FN), devenu Rassemblement national en 2018, a par exemple été condamné pour "provocation à la haine", "contestation de crime contre l'humanité" ou encore "injure publique raciale".

Beaucoup gardent encore en mémoire sa sortie de 1987, lorsqu’il affirmait que les chambres à gaz étaient un "point de détail de l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale".

Des sorties "sérophobes"

Si c'est surtout l’arrivée du RN à la tête du groupe sur l’antisémitisme qui faisait débat ce mercredi, la députée écologiste Sandrine Rousseau a néanmoins rappelé les positions de Jean-Marie Le Pen sur le sida, indiquant que ce dernier "parlait de mettre les 'siadaïques' dans des '(sidatoriums)'".

AIDES, principale association de lutte contre le sida, a listé sur son site internet de nombreuses interventions de responsables de la formation d’extrême droite pour dénoncer la "violence" de son discours à "l’encontre des personnes séropositives".

Les prises de position datant de l’époque FN et "sérophobes", "trouvent aujourd’hui encore, de très pénibles prolongements dans le parti dirigé par (...) Marine Le Pen", écrit l'association.

Les "sidaïques" et les "sidatoriums"

Pour se souvenir de ces prises de position sur la maladie dénoncées par AIDES, il faut faire un bon dans le passé. Le 6 mai 1987, Jean-Marie Le Pen est invité de L'Heure de Vérité. Le président du Front national qualifie les personnes atteintes du sida de "sidaïques". "Un néologisme qui n’est pas très beau", concède l’homme d’extrême droite avant de développer:

"Le sidaïque est contagieux par sa transpiration, ses larmes, sa salive, son contact. C’est une sorte de lépreux si vous voulez".

Jean-Marie Le Pen réclame la création de "sidatoriums". Lesquels seraient des "centre(s) spécialisé(s) avec des règles d’hygiène strictes", précise-t-il.

Pour le FN, SIDA équivaut à "Socialisme Immigration Drogue Affairisme"

En mars 1990, Jean-Marie Le Pen déclare:

"La voie du déclin où la France s’est engagée (...) peut se résumer dans une formule qui serait celle du SIDA politique, dont les initiales signifieraient socialisme immigration, drogue et affairisme".

Ce slogan se retrouve sur des affiches du Rassemblement national où l’on distingue également une reprise du logo du Parti socialiste, avec, à la place de la rose, une boule de piques.

Jean-Marie Le Pen explique sa stratégie à l’Assemblée nationale le 7 décembre 1990. "D’ardentes campagnes basées sur le signe du Sida vont être menées partout", dit-il.

"Ce sigle veut dire: S comme socialistes, gaspilleurs et destructeurs, I comme immigration tiers-mondiste, D comme délinquance, désordre, décadence, A comme affaires, car les scandales politico-financiers sont devenus le pain quotidien honteux du système".

L’affaire se termine devant la justice. Le 23 mai 1991, la Cour de Lyon interdit cette affiche et condamne ce slogan. Selon les juges, "l’utilisation du terme Sida pour stigmatiser l’immigration qui représenterait un danger aussi grave que la maladie porte une atteinte intolérable à la dignité des malades". Ces derniers "ont droit au respect et à la solidarité". Par ailleurs, il s’agit d’une "atteinte intolérable à la dignité des populations immigrées".

Quand Marine Le Pen mettait "500 000 séropositifs" sur le compte du socialisme

À l’occasion des élections législatives de 1993, Marine Le Pen est la candidate du FN dans la 16e circonscription de Paris (17e arrondissement). Sur son affiche de campagne, il est écrit "LE SOCIALISME, ÇA SUFFIT".

Plusieurs chiffres sont ensuite imputés au parti à la rose dont celui de "500.000 séropositifs". Des données inexactes selon Aides. "Les estimations les plus hautes n’ont jamais dépassé les 200.000 personnes", indique l’association.

Des "propos de 30-40 ans"

Contacté par BFMTV.com, Sébastien Chenu, vice-président de l’Assemblée nationale et chargé des groupes d’études pointe des "propos de 30-40 ans" auxquels il ne se "sent pas lié". "Je les cautionne pas", précise–t-il.

L’élu d’extrême droite dénonce une "instrumentalisation politique" et met en avant "des groupes transpartisans composés d’élus de tout bord".

"Des gens estiment que des élus ne sont pas légitimes pour traiter certains sujets, ils ont tort", défend-t-il. "Faire des procès d’intention à des élus légitimes, puisqu’élus par le peuple français, ce n’est pas ma conception de la démocratie".

Article original publié sur BFMTV.com

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