Rites et déroute du Japon rural

Libération.fr

Dans «Lettres d’Ogura», Hubert Delahaye dépeint le déclin des campagnes nipponnes et la pérennité des traditions face à l’érosion du temps.

Une vingtaine de maisons adossées à la colline, face à une vingtaine de rizières grandes comme la main et voilà Ogura. Hameau du Kansai niché dans la lointaine périphérie de Kyoto, Ogura est en dehors des radars touristiques et des carrefours stratégiques. La montagne sert de décor, les cigales de bande-son. Hubert Delahaye s’y est arrêté comme on fait le tour d’une île oubliée.

Ancien sinologue au Collège de France, il explore un monde en miniature qui s’enfuit et s’éteint en silence. Dans des lettres sans esbroufe ni effervescence ravie, il saisit par petites touches le quotidien d’Ogura et d’une poignée de ses habitants vieillissants confrontés à l’impermanence des choses et au rythme immuable des saisons. Et, à partir d’Ogura, il parvient à raconter le Japon rural, cet archipel dépeuplé et déclassé dont les villages côtiers comme les hameaux des plaines rases ont souvent des allures de terminus et de vestiges d’un passé heureux.

Retenue. Ses lettres sans destinataire sont des impressions, des bribes de vie et des demi-confessions empreintes de banalité, nourries de mystique et de silence. Il s’y glisse des souvenirs qui s’effacent et des coutumes qui perdurent sans être questionnées. Choses vues d’une campagne où la «frontière n’est pas toujours étanche entre l’animé et l’inanimé».

Dans ce Japon qui semble se retirer parfois du monde, Ogura est un embarcadère. On s’immisce dans cet univers où la nature est souveraine et l’homme un simple compagnon de passage. Bien sûr, il y a les ancêtres, vivants ou errants. Mais comme le note Hubert Delahaye, «"On est là", cela ne veut pas dire "on est". L’"être" n’est pas une notion locale. Un Descartes de l’Extrême-Orient aurait dit : "Je suis né donc je suis là." "Etre" renvoie à "être là pour l’instant"».

Le néant invite à la (...)

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