Rire et dérision, les alliés de Franz-Olivier Giesbert

En 2030, Marseille est une ville morte où le thermomètre frôle en ce début d'été les cinquante degrés. La mer "constellée de bulles jaunes" est en ébullition, à l'image d'esprits échauffés par la promesse de l'apocalypse. À la une des médias, les "émeutes de la chaleur" côtoient le décompte des victimes du Covid‑30, et des groupuscules s'insurgent armes à la main contre la campagne de dépistage systématique d'un virus désormais saisonnier. La traque de boucs émissaires fait office de sport national, les procès des émetteurs de CO2 et des artistes damnés déchaînent les foules. Retiré dans une ferme du Tyrol, l'écrivain Bret Easton Ellis, "l'homme le plus recherché du monde", est extradé aux États-Unis où il encourt la peine de mort. Les films de Woody Allen sont interdits, l'œuvre de Polanski détruite à l'occasion d'une journée internationale de "dépolanskisation". La caricature est condamnée ; le rire, déclaré "ontologiquement vulgaire et discriminatoire".

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Pour que ma fin soit réussie, il faut que nous vivions une véritable histoire d'amour

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Paisible refuge au bouillonnement du monde, le Cercle des nageurs de Marseille accueille les huiles et notables du coin. Entre deux brasses, Diane fait la connaissance d'Antoine Bradsock, "octogénaire du genre sportif" de quarante ans son aîné, ancienne gloire des plateaux télévisés jamais avare d'une polémique. "Même quand il n'avait rien à dire, on n'entendait que lui", se souvient Diane, qui pourtant ne demeure pas longtemps insensi...


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