"Rien qu'avec ce maquillage et ces vêtements, les talibans pourraient me tuer": cette femme d'affaires afghane vit terrée chez elle à Kaboul

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Depuis l’arrivée des Talibans au pouvoir, de nombreuses femmes se terrent chez elles terrorisées. Zarah est l’une d’entre elle. - BFMTV
Depuis l’arrivée des Talibans au pouvoir, de nombreuses femmes se terrent chez elles terrorisées. Zarah est l’une d’entre elle. - BFMTV

Elle est passée des plateaux télé à la clandestinité. Auparavant femme d'affaires, Zarah, féministe célèbre à Kaboul, se terre désormais dans une maison louée en urgence sur les hauteurs de la ville, à la suite de la prise du pouvoir par les talibans.

La jeune mère de famille afghane a vu son précieux restaurant saccagé par les talibans. "Le 17 août, ils sont venus tout casser", relate-t-elle quand nous la rencontrons à Kaboul. Ouvert trois ans plus tôt, l'établissement apprécié par la bonne société kabouli était décoré avec des répliques des statues de Bouddhas géants de Bamiyan dynamitées par les talibans en 2001.

"On ne sort plus du tout, j'ai trop peur de ce que les talibans pourraient me faire", confie sur notre antenne cette féministe revendiquée.

La famille avait investi 500.000 euros dans le restaurant de Zarah et se retrouve désormais sans revenus. Son mari, Reza, était employé par le gouvernement afghan avant l'invasion talibane.

"J'ai peur que les talibans se vengent de maman"

Les enfants aussi se cachent dans leur nouvelle maison, privés d'école. "J'ai peur que les talibans se vengent de maman", souffle la fille de Zarah. Car la mère de famille est loin de correspondre au mode de vie taliban.

Avec ses vêtements colorés, son maquillage appuyé et son mari qui participe aux repas familliaux, Zarah dérange les nouveaux maîtres de Kaboul.

"Rien qu'avec ce maquillage et ces vêtements, ils pourraient me tuer", explique-t-elle.

Les talibans lui ont interdit de s'approcher de son restaurant, la rue entière lui est interdite.

La mère de famille lance un appel à la France dans l'espoir que d'autres Afghans, en particulier des Afghanes, puissent bénéficier d'une exfiltration, ce qui est encore plus difficile depuis le départ des forces armées américaines fin août.

"Je demande à la France de nous aider, les femmes sont réduites au silence. J'aimerais que la France nous accueille, nous les femmes en danger."

Des reculs des droits des femmes "chaque jour"

Comme Zarah, de nombreuses Afghanes s'inquiètent de leur avenir dans un pays dirigé par le mouvement islamiste. Latifa Alizada est une travailleuse médicale de 27 ans. Elle a dû quitter son emploi qui lui permettait pourtant de soutenir ses trois enfants et son mari, au chômage.

"Si j'y vais, ils me disent: 'ne travaille pas habillée comme ça, ne travaille pas avec des hommes, travaille avec des femmes.' C'est impossible", se désole-t-elle auprès de nos confrères de l'AFP.

Les talibans assurent "que les droits des femmes seront respectés dans le cadre de l'islam mais chaque jour nous recevons des rapports faisant état de reculs" concernant ces droits, a déclaré ce mercredi une responsable onusienne établie à Kaboul.
Ainsi, "il est interdit aux femmes de quitter la maison sans mahram" (homme de confiance de la famille), a détaillé Alison Davidian, représentante adjointe en Afghanistan de l'entité onusienne ONU Femmes. "Dans certaines provinces, elles ont cessé d'aller travailler", a-t-elle déploré.

Lors de leur premier passage au pouvoir (1996-2001), les islamistes talibans avaient bafoué les droits des femmes, qui étaient quasiment exclues de l'espace public. Nombre d'Afghanes, ainsi que la communauté internationale, craignent qu'il en soit une nouvelle fois de même.

Article original publié sur BFMTV.com

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