Rien ne vaut un bon vieux coup d'Etat

Une nouvelle ère s’annonce-t-elle en Guinée ? Pour sa première grande sortie publique, le capitaine Moussa Dadis Camara, chef de la junte guinéenne, s’est présenté en véritable messie, décidé à “balayer” la maison guinéenne. Les jeunes prétoriens n’entendent pas pour autant s’installer durablement aux commandes du pays. Mais sauront-ils tenir parole ? Avant eux, feu le général Robert Gueï [arrivé au pouvoir le 24 décembre 1999, il a été renversé par Laurent Gbagbo en octobre 2000] avait tenté l’expérience en Côte d’Ivoire avant de céder aux sirènes du pouvoir.

Les nouveaux dirigeants guinéens se sont eux-mêmes imposés deux ans d’exercice afin d’organiser des élections libres et transparentes et de se retirer du pouvoir. Mais la question se pose de savoir si l’ambition de moraliser les services publics pourra se réaliser avant la tenue effective de la consultation électorale. Aura-t-on vraiment le temps d’isoler le bon grain de l’ivraie avant de confier les rênes de l’Etat à un leadership plus clairvoyant ? Il est de notoriété publique que l’Etat guinéen est en faillite. Sa classe politique a depuis longtemps abdiqué. On comprend pourquoi le nouveau dirigeant a fustigé tous ceux qui ont profité des deniers publics, soulignant au passage qu’ils devront rendre gorge. Mais les deux ans de délai paraissent excessifs aux yeux de certains acteurs politiques guinéens.

Ceux-ci semblent pressés de tourner la page de la dictature après avoir enduré vingt-cinq ans de gestion du parti unique de feu le président Ahmed Sékou Touré et vingt-quatre ans de pouvoir autocratique du clan Conté. Mais combien d’entre eux sont-ils vraiment indemnes de tout soupçon ? Les formes de gouvernance paraissent avoir tant marqué la classe politique et la société civile que celles-ci n’ont même pas trouvé utile de condamner le coup de force. Même les anciens dirigeants n’ont pas eu le sursaut de dignité qui aurait permis de gêner la manœuvre des auteurs du coup d’Etat. Sans doute celui-ci était-il prévisible. Mais combien de Guinéens y croyaient-ils en vérité ? La vacance du pouvoir était réelle et les jeunes soldats n’ont eu qu’à le cueillir. Pour beaucoup en tout cas, le jeune capitaine semble “tombé du ciel”, en cette fin d’année. Une grande majorité de Guinéens, surtout les millions de la diaspora, ne se gêneront pas pour fêter bruyamment ce changement de régime, qui porte les espoirs d’un peuple longtemps sevré de tout ou presque. Que fera-t-on de la Constitution, dont on se réclame, mais qu’en réalité personne ne veut jamais respecter, comme partout ailleurs en Afrique ? Et surtout quel avenir pour la classe politique ?

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