"Le ridicule de cette époque est évident": Francis Veber signe son grand retour au théâtre avec "Le Tourbillon"

Francis Veber en 2012 - PATRICK KOVARIK / AFP
Francis Veber en 2012 - PATRICK KOVARIK / AFP

Francis Veber, l'un des maîtres de la comédie française au cinéma et au théâtre (L'Emmerdeur, La Chèvre, Le Dîner de cons) est de retour avec une pièce inédite, Le Tourbillon, qui débute ce jeudi au théâtre de la Madeleine à Paris.

Dans cette pièce portée par Philippe Lellouche et Stéphane Metzger, il raconte comment un journaliste dépressif va être aidé dans sa guérison par son meilleur ami, un flic brutal. Une pièce en réaction à l'époque contemporaine.

"C'est la deuxième fois de ma carrière que ça m'arrive", explique Francis Veber à BFMTV.

"La première fois, c'était dans Le Placard. Daniel Auteuil se faisait passer pour un homosexuel pour ne pas être viré d'une usine de préservatifs. Mais tout le reste de ce que j'ai pu faire, que ce soit Le Dîner de cons ou Le Jouet, ce n'est pas tellement ancré dans l'époque."

Le scénariste connu pour ses anti-héros maladroits et attachants veut se moquer d'une société qu'il juge "ridicule": "On vit une époque où il ne faut pas toucher aux tragédies. Elles sont nombreuses, mais le ridicule de cette époque est évident, avec les ultras de gauche ou de droite qui disent des âneries extraordinaires. C'est le moment parfait pour tremper votre plume dans l'encrier. La comédie vient toute seule."

"J'ai profité de ce qui se passe en ce moment, avec le Parti animaliste qui propose de remplacer le mot 'rat' par 'surmulot' ou Sandrine Rousseau qui dit que c'est un signe de virilisme de mettre de la viande sur un barbecue", ajoute encore Francis Veber.

Le réalisateur s'insurge ainsi contre "cette espèce de tourbillon insensé" où "un type dit, 'La police tue', et un autre lui répond, 'La police ne tue pas assez'. C'est une période de contradiction."

Pas de temps pour la retraite

Le Tourbillon a bien été imaginé par Francis Veber pour le théâtre. Il ne s'agit en aucun cas d'un scénario refusé par le cinéma. Son histoire avec les planches remonte à loin. Il a commencé au théâtre en 1968, avec la pièce L'Enlèvement. Mais "dégoûté par ce que ce qui se passait sur scène", il a préféré se consacrer au 7e Art "pendant 24 ans".

"Et ça, je ne peux pas le regretter."

A 85 ans, alors qu'il n'a plus rien à prouver, il est retourné ces dernières années au théâtre, après le bide de son remake de L'Emmerdeur en 2008. Il a signé deux pièces inédites, Cher Trésor et Un animal de compagnie. Deux succès qui l'ont conduit à délaisser le cinéma. Il était aussi lassé des problèmes de financement et des conditions de travail.

"On ne vous donne plus que six semaines pour faire un film de télé."

De tous les grands réalisateurs de comédie des quarante dernières années - Étienne Chatiliez, Jean-Marie Poiré, Claude Zidi -, Francis Veber est le seul à être encore aussi productif.

"Ma génétique est meilleure!", s'amuse-t-il.

Le poids de l'âge et du succès n'a pas érodé son humour acéré. Pas de temps pour la retraite: "Ça n'existe pas en création! Je ne me vois pas jouer à la pétanque ou plantant des tomates."

Un film annulé avec Kev Adams

Il y a deux ans, Francis Veber a failli réaliser pour Prime Video un nouveau film, Le Pitre, avec Kev Adams dans le rôle principal. Mais le projet, qu'il présente comme "une "méditation sur le théâtre et la création", n'a pas abouti. Il voulait raconter l'histoire d'un comique se retrouvant à jouer dans une pièce dramatique sur la Shoah.

"Je me suis résigné à ne pas le faire. Tout le monde a eu peur", regrette le réalisateur.

"Je vais même plus loin d'ailleurs: je ne suis pas sûr qu'aujourd'hui un théâtre accepterait La Cage aux folles si c'était amené par un jeune auteur. A cause du mouvement LGBT, on lui dirait qu'on ne peut pas plaisanter avec ça", ajoute-t-il encore. "On serait passé par peur à côté d'un chef d'œuvre. C'est un des rares sujets dont je suis jaloux."

"Écrire, c'est réécrire"

C'est ce tourbillon dont il se moque dans sa nouvelle pièce. Tourbillon qui selon lui empêche beaucoup de comédies d'être efficaces: "Le plus difficile, dans l'écriture, c'est la construction. C'est ce qui manque à beaucoup de comédies aujourd'hui. Il manque du travail. Écrire, c'est réécrire. Une bonne réplique, ça peut prendre 3 semaines. C'est ce martyr qui manque à toutes les comédies actuellement."

Pour lui, le martyr continue. Francis Veber entend transposer Le Tourbillon au cinéma. En attendant, un remake d'un de ses classiques, Le Jouet, sort en octobre. Jamel Debbouze y succède à Pierre Richard. Francis Veber a aimé le résultat: "Il a un avantage. Mon film était froid. [Dans le nouveau], il y a une chaleur humaine et c'est un apport formidable."

Article original publié sur BFMTV.com